Cocagne.

Abonné depuis près d’un an aux paniers hebdomadaires d’un jardin associatif membre du Réseau Cocagne (jardins maraîchers biologiques à vocation d’insertion sociale et professionnelle), et ravi de recevoir ainsi toutes les semaines une copieuse portion de légumes aussi divers que délicieux tout en contribuant par un acte consom’acteur à aider des personnes en difficultés à se réinsérer, je vous livre ici, tout simplement, l’éditorial de la dernière publication que le réseau nous a envoyée (lire ici la version complète).

Et que j’ai trouvé particulièrement juste.

« Le peuple aborigène d’Australie s’oriente au milieu du désert ou du bush en suivant des lignes mélodiques inscrites dans le sol, faisant littéralement naître le monde en le chantant. A l’autre bout du monde, le peuple kwakiutl, de l’île de Vancouver, avant son premier contact avec la culture occidentale, donnait aux lieux des noms qui racontaient des histoires: par exemple, un morceau d’océan s’appelait « là ou le saumon se réunit ». Pour eux, un lieu n’est pas une chose inerte mais un véritable événement, un système naturel permettant de se situer soi-même, par rapport aux autres et à la planète.

Aujourd’hui, « se situer soi-même » dans le tourbillon incessant d’infos, d’images et de données numériques, demande un effort pour démêler notre relation avec les autres et la planète. Le 20ème siècle, dans sa course accélérée au développement et à la mondialisation, nous a perdus dans des méandres tortueux, nous orientant en particulier à pratiquer des modes de consommation, nous coupant du lien aux producteurs et à la terre.
  
Pratiquement tous les objets qui nous entourent, les lieux où nous vivons, l’alimentation que nous consommons sont désincarnés, sans histoire. Impossible pour nous de savoir dans quelles conditions sociales, économiques et écologiques ils ont été produits et distribués. Une zone d’ombre, une boîte noire s’est installée entre nous et les producteurs de biens ou services. Et quand on arrive à faire la lumière, les histoires que l’on raconte ne méritent pas d’être chantées mais d’être dénoncées: que ce soit les fleurs du Kenya, les jeans élimés par sablage qui réinventent la silicose en Turquie, la production de salade en Andalousie, ou tout simplement les flux équivalents de lait entre la France et l’Angleterre ou de tomates qui sillonnent l’Europe.

 Au début de ce 21ème siècle, les réalités sociales et de la planète nous obligent à nous « resituer ». Vivre dans un lieu exige de nous de réelles capacités d’innovation, et régulièrement dans notre vie, il nous faudra inventer les histoires qui guideront la prochaine étape de notre existence sur terre. En s’inscrivant dans un système solidaire et alimentaire local, les Jardins de Cocagne l’ont bien compris, ainsi que les quelque 20.000 adhérents-consommateurs et ceux qui épargnent grâce au Livret Agir Cocagne. De même, les familles au revenu modeste, bénéficiaires des 30.000 paniers solidaires qui vont être distribués à partir de 2010, auront elles aussi de belles histoires à raconter. Si la mélodie Cocagne est reprise en choeur par autant de monde, et qu’elle sonne juste, c’est parce qu’elle nous connecte entre nous et à la terre. Ces jardins, « là où les légumes chantent », permettent de se situer dans un monde changeant, et contribuent aussi à changer le monde.« 
    
Voilà. Pour savoir si un Jardin de Cocagne existe près de chez vous, allez voir ici. A une époque où le citoyen est de plus en plus traité comme un simple consommateur, il apparaît que l’on peut clairement se servir de l’acte d’achat comme un acte politique à part entière.
Acheter des produits de ces jardins permet à la fois de consommer des produits sains, bons et locaux, mais en plus de promouvoir un lieu de solidarité, de conditions de travail respectueuses des salariés, et de réel développement humain et écologique. Alors pourquoi se priver? En tant que citoyens, nous avons aussi la responsabilité de contribuer à la cohésion sociale et au bien commun. Alors, sans attendre qu’un homme providentiel parvienne à moraliser le capitalisme ou réformer la mondialisation, pourquoi ne pas orienter notre porte-monnaie vers une production socialement juste et écologiquement responsable?
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2 Responses to Cocagne.

  1. Alain LEDAIN dit :

    Bonjour,
    Je me suis permis, une fois encore, de vous citer sur mon blog (à la fin de la page http://alain-ledain.eklablog.com/l-eglise-un-corps-source-d-alternatives-a1066286). Bien évidemment, je cite la source…
    J’espère que vous ne m’en voudrez pas !

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