Grèce Anatomy.

Juste un petit billet pour parler rapidement du plan d’austérité annoncé en Grèce la semaine dernière, plan destiné à réduire les déficits, mais aussi et surtout à retrouver la confiance des marchés à l’heure où il devient pour ce pays très difficile de trouver des financements à des taux d’intérêt non prohibitifs.

Ils sont nombreux, à l’instar d’H16 ou de l’Hérétique, à penser que finalement la Grèce ne recueille que ce qu’elle a semé, et qu’il est normal qu’après des années de gabegie dans la gestion des comptes publics un retour à une certaine rigueur soit de mise. Et notamment en ce qui concerne les effectifs de la fonction publique.

Ceci est juste. Nul pays ne peut vivre au dessus de ses moyens, et l’Etat lui-même se doit d’être exemplaire dans sa propre gestion. Je m’étonne cependant de plusieurs points :

Il apparaît que pendant de nombreuses années, et a priori même depuis l’adhésion à la zone Euro, la Grèce a maquillé un certain nombre de chiffres pour masquer la réalité de sa dette publique et de ses déficits. Il me parait pour le moins étonnant que les milliers de bureaucrates de Bruxelles, de la BCE ou du FMI ne s’aperçoivent de cette réalité qu’aujourd’hui, alors que la majeure partie des économistes interrogés sur le sujet répondent qu’ils savaient…

Il semble également que ce maquillage ait été réalisé grâce à des banques d’affaires américaines, au premier rang desquelles Goldman Sachs qui a ensuite hautement participé à la spéculation sur la dette grecque, gagnant ainsi sur tous les tableaux dans un pernicieux conflit d’intérêt.

Dans la pratique, ce plan d’austérité touchera principalement les classes moyennes et pauvres : hausse de 2 points de TVA, taxes sur le tabac, l’alcool et l’essence, gel des retraites, suppression de tout ou partie des 13ème et 14ème mois dans la fonction publique etc…

Je ne suis pas de ceux qui pensent que seuls les riches doivent payer. Mais ce que je note, c’est que les mêmes hommes politiques qui ont contribué à creuser et maquiller les déficits sont ceux-là même qui imposent désormais l’austérité aux autres sans se l’appliquer à eux-mêmes, ne serait-ce que symboliquement. Ce qui me frappe, c’est que la folie des banques agissant à la fois en tant que conseil et acteur spéculatif ne génère qu’une indignation politique passagère et sans aucune conséquence pratique. Ce qui m’énerve, c’est que ces mêmes conséquences pratiques seront supportées uniquement par ceux qui n’ont ni les moyens de se payer des avocats fiscalistes, ni l’occasion d’aller planquer leur petit magot dans un paradis fiscal ou de frauder le fisc via des sociétés écrans aux quatre coins du globe, ni le bras assez long pour bénéficier de la gabegie spéculative.

Le peuple est bon pour consommer ce qu’on lui dit de consommer pour les besoins d’une économie qui ne tourne désormais plus que pour l’enrichissement de certains au détriment du plus grand nombre, là où elle ne devrait qu’être un instrument au service du bien commun. Ensuite vient le jour où les revenus des états et des particuliers sont tellement siphonnés par la folie de la dépense et la frénésie de la consommation qu’alors on leur vend de l’emprunt et du crédit pour que rien ne change et que tout continue. Jusqu’au jour où les prêteurs ont pompé tout ce qu’il y avait à gratter, et où l’on oblige les gens à renoncer à tout ce à quoi on leur avait fait profiter de façon inconsidérée. De la misère, du sang ou des larmes après, ceux-là se verront privés de ce qu’ils avaient appris à considérer comme essentiel, mais même malheureux ils continueront à engraisser le système qui les aura broyés.

Et au final, ce sont encore les banques et les financiers fous qui gagnent. Face je gagne, pile tu perds. Mais soyons rassurés, l’Euro est sauf, et les sacro-saints ‘marchés’ ont retrouvé la confiance…

Demain, après les grecs, à qui le tour? Ne croyons pas que nous serons épargnés.

Ce monde est foutu. 

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10 Responses to Grèce Anatomy.

  1. pourquoisecompliquerlavie dit :

    Wouaouh, ça, c’est de l’optimisme !

    « Ce monde est foutu ».L’histoire montre que même pas : depuis que l’argent existe, les prêts existent et du coup, les banquiers aussi. C’est vrai pour les particuliers (qui sont passé de l’esclavage pour dettes, à la prison pour dettes et au surendettement) et c’est vrai des états qui eux, ont toujours alterné entre puiser dans/sur leur population pour assurer l’équilibre (économique) ou puiser dans les banques pour se distribuer un équilibre (politique).

    Particuliers ou états, il y a toujours eu des très riches qui n’ont pas besoin d’emprunter (Oman – mais le pétrole va s’épuiser soit dans les puits, soit dans les besoins du monde) et ceux qui ont des besoins/envies qui plus ou moins longtemps dépassent leurs ressources. Ceuxs qui empruntent trop se font toujours, un jour ou l’autre rattraper par la commission de surendettement qui, par définition ne s’en mêle que trop tard. Sinon c’est une atteinte aux libertés (particuliers) ou de l’ingérance (états).

    L’argent que la Grèce n’avait pas et qu’elle a pourtant dépensé est allé vers les électeurs plus que vers les hommes politiques qui ont choisi cette politique. C’est un ddes défauts (que les socialistes connaissent bien) de la démocratie : on promet, on promet, on tient un peu seulement mais c’est souvent déjà trop.

    Les pays sans élections ne connaissent pas ce problème : ils étrillent leurs nationaux sans rien leur promettre.

    Je ne suis pas certaine que ce soit mieux.

    Ce qui arrive à la Grèce est très désagréable mais c’est, même pas nécessaire, inévitable.

  2. Vlad dit :

    Bonjour, je sais n’avoir aucune intelligence économique. J’aimerais cependant qu’on m’explique pourquoi ce qui prévaut à l’échelle d’une cellule familiale ou d’une entreprise privée ne peut se transposer à l’échelle d’un état en matière de dépenses.

  3. pourquoisecompliquerlavie dit :

    @ Vlad
    A cause des élections, toujours à venir. Imaginez des enfants qui pourraient re choisir leurs parents tous les deux ans : au lieu de dire non aux enfants, nous n’avons pas les moyens, ils leur achèteraient des consoles de jeu …
    A cause des manifestations. Imaginez des enfants qui font des caprices et à qui les parents achètent d’autres jeux pour qu’ils arrêtent !
    Je simplifie à outrance (manifestations = caprices), mais pas tant que cela pour ce qui concerne le mécanisme. Et en plus, il n’est même pas nécessaire qu’il y ait des manifestations : aujourd’hui, toute solution à un problème passe par « plus d’argent » !

  4. René de Sévérac dit :

    @ pourquoisecompliquerlavie:
    Juste un détail à propos de la commission de sur-endettement. Le remboursement des dettes est alors sur vos épaules. Evidemment, le « sur-endetté » a quelques gênes mais tout cela est question d’habitude.

  5. Vlad dit :

    @pourquoisecompliquerlavie
    Je vous remercie, c’est effectivement clair.
    Concernant la dette de la France, les politiques de tous bords ne pourraient-ils pas se réunir entre eux afin d’édifier un tableau de bord pour planifier la résorption de la dette sur une période donnée ? Et s’engager à le tenir coute que coute quelle que soient les issues électorales futures ?
    Parlez à un enfant comme à un adulte, expliquez-lui les enjeux et le pourquoi des sacrifices et il gagnera en maturité. C’est dans l’intérêt des deux parties. Mais ceci demande des efforts et des couilles dont la plupart de nos politiques sont dépourvus. Alors, ils continuent à accroitre la dette, sans vergogne, pensant aux échéances prochaines. Toujours sans vision globale de l’avenir. Je suis déprimé.

  6. pourquoisecompliquerlavie dit :

    @René de Séverac : le surendetté a une partie des dettes sur les épaules et ses enfants en pâtissent. La Grèce a une partie des dettes sur ses épaules et ses nationaux vont en pâtir.
    Dans les deux cas, il y a/aura des remises de dettes. On parie ?

    @Vlad : certains enfants gagnent en maturité et d’autres jamais. Expliquez et vos enfants fourmis, fourmisseront encore plus ; vos enfants cigales cigaleront de plus belle.

    Je crains qu’il y ait plus d’électeurs cigales que fourmis.

    Vous avez raison : pas de vision globale (à plus d’une élection d’avance veux-je dire), et la célèbrissime phrase, Après moi le déluge, s’applique encore plus aux élus de la démocratie qu’aux détenteurs d’un pouvoir de droit divin.

    Parfois, dans tout ce magma émerge un De Gaulle qui, lui, n’en n’avait rien à cirer d’être réélu. Avec un projet à tenir coûte que coûte. Mais nos parents, vos grands parents sortaient de la guerre et pour eux manger sans tickets de rationnement noi faire la queue, c’était le luxe du 2ème écran plat, ultra plat, géant !

  7. Laloose dit :

    @pqsclv : attention je ne remets absolument pas en question le fait que les grecs doivent assumer leur endettement et leur déficit. S’ils ont vécu et vivent au dessus de leur moyen, ils doivent assumer. Mais tout le monde doit assumer, et pas seulement ceux qui sont les plus faciles à taxer et qui auront plus de mal à feinter le fisc.
    Je m’interroge aussi sur la réduction du salaire des fonctionnaires, alors que ne serait-ce que symboliquement je n’ai pas entendu parler de la limitation du traitement des ministres ou des députés qui devraient pourtant être exemplaires et s’appliquer les mêmes principes qu’ils imposent aux autres.
    D’autant plus que ces mêmes politiques sont responsables du fait qu’ils ont donné plus qu’ils n’avaient.

  8. Laloose dit :

    @vlad : difficile de comparer une cellule familiale à un état même si sur le long terme les réflexes devraient être les mêmes : avoir un budget équilibré et épargner pour des projets futurs.
    Sur le court terme, l’état est confronté à des fluctuations beaucoup plus grandes et difficiles à prévoir, une masse de frais fixes gigantesque, des des effets de déport fiscaux d’une année sur l’autre, et des investissements avec des effets à très long terme.

    Sur le fond des choses, oui naturellement le politique devrait être plus honnête avec le citoyen, cad ne pas lui promettre ou lui donner ce qu’il n’a pas. Mais le courage politique s’applique également à la sphère économique : comment expliquer aux petites gens qu’on va leur demander des sacrifices pour renflouer les caisses vides, alors que d’un autre coté les grosses sociétés utilisent tout un arsenal d’astuces plus ou moins légales pour s’assurer de payer un impot scandaleusement faible?
    J’ai le sentiment qu’au final ce sont toujours un peu les mêmes qui payent : petites gens, petites sociétés.
    J’espere que ce n’est pas qu’un sentiment.

  9. pourquoisecompliquerlavie dit :

    @Laloose : suis bien évidemment d’accord avec vous !

    Mais c’est le charme de la démocratie : les candidats font n’importe quoi pour être élus et une fois élus ils font n’importe quoi pour eux !

    Mais il parait que la démocratie est le moins mauvais système…….

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