Confession par téléphone?

J’ai d’abord cru à une blague en tombant sur ce court article du Parisien hier : ‘A l’occasion du Carême, la société Aabas Interactive a décidé de proposer un service téléphonique de confessions’. En support, une simple page internet qui annonce fièrement ‘Avec le fil du Seigneur, confessez-vous par téléphone’, avec une illustration assez explicite, la relation Homme-Dieu, image immortelle de la chapelle Sixtine, rendue possible par un simple téléphone…

En réalité, la blague (ou le buzz) apparaît de très mauvais goût et ressemble fort à une arnaque. Une de plus dans le monde des lignes surtaxées me direz-vous. L’appel est facturé entre 0,15 et 0,34€ la minute, ce dernier tarif plus élevé étant sensé subventionner des dons à une association caritative dont le nom n’est pas communiqué. A priori donc, libre au pigeon de se laisser plumer, et nul besoin de s’offusquer. Du moins pas plus qu’au sujet de la voyance par téléphone ou l’horoscope sur abonnement.

Et le truc n’est pas mal fait. J’ai essayé le numéro de téléphone, et c’est assez bluffant : une belle voix calme et grave, un petit fond d’orgue (au synthé), un juste rappel du sens et de la portée d’une confession, de la façon de la préparer et de la réaliser correctement, de l’examen de conscience à l’énumération de ses péchés en passant par la ferme volonté de se corriger, une liste des prières préparatoires et pénitentielles, bref jusqu’ici personne ne peut rien trouver à y redire. Hormis naturellement votre banquier.

Le hic, c’est que ce pseudo service présente toutes les apparences d’une catholicité solide, et entretient de fait une ambiguité qui me semble plus que douteuse. Bien qu’annonçant en bas de la page internet ‘en aucun cas, il ne s’agit d’une confession sacramentale : vous ne serez pas en présence d’un prêtre et bien entendu l’absolution n’est pas donnée’, les promoteurs de cette confession d’un nouveau genre précisent plus loin qu’ils ont ‘voulu être en accord avec les grands principes religieux’ (lesquels? mystère), tout en affirmant dans leur communiqué de presse que ‘pour toutes fautes ne relevant pas du péché mortel, il est possible de se confesser directement à Dieu’, et sur la ligne téléphonique que ‘la confession n’est pas l’exercice exclusif d’un prêtre’. La confusion est totale.

Mêlant ainsi subtilement le véridique, le douteux et le faux, et lancé fort opportunément au début du carême, temps de pénitence, cette initiative est condamnable dans le sens où elle risque d’induire en erreur des personnes fragiles ou isolées en leur faisant croire de façon abusive qu’elle a la même valeur que le sacrement lui-même. Sacrement par ailleurs dévalorisé et dénaturé, puisque l’intermédiaire du prêtre, absolument indispensable pour les catholiques en tant que représentant du Christ, y est remis en question. Enfin la confusion se poursuit en laissant à penser que cette ligne pourrait être un service d’écoute et de dialogue, là il n’y a que voix pré-enregistrées, bips sonores, et répondeur à péchés.

Naturellement, ce service se présente comme une solution résolument moderne, ‘pragmatique et en phase avec l’époque’, et s’auto-proclame pompeusement ‘initiative originale et en phase avec l’évolution des pratiques sociétales’. J’ai un peu de mal à voir où réside la modernité dans une fausse confession payante là où la vraie est gratuite, mais ça doit être mon côté has been. Les modernistes de tous poils s’offusqueront probablement que cette initiative ne trouve pas grâce aux yeux d’une Eglise forcément passéiste puisque refusant l’usage des moyens modernes de communication. Que tous ceux qui veulent faire rentrer de force l’Eglise dans une pseudo modernité se le disent : dans toutes les paroisses de France et du monde, la confession est gratuite, illimitée et disponible pratiquement à tout moment. Et un grand nombre de laïcs et de religieux sont à disposition des croyants et non croyants en de multiples lieux pour écouter, échanger et partager. Encore gratuitement.

Là est notamment la modernité de l’Eglise dans un monde où tout s’achète, tout se vend, et où l’argent est roi.

Edit : Je découvre après coup que Zenit a relayé une mise en garde du porte-parole de la Conférence des Evêques de France contre une démarche qui ‘n’a aucunement l’aval de l’Eglise catholique en France’. Les choses sont claires.

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One Response to Confession par téléphone?

  1. Parentings dit :

    […] Confession par téléphone? « Blogue qui peut ! […]

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