Le retour de la grosse commission.

Un problème? En France, pour le résoudre, on a un remède miracle : il suffit de mettre en place une commission!

La recette est simple et efficace : mélangez quelques ‘personnalités de tous horizons’, ajoutez un communiste pour garantir l’ouverture (pas de personnes d’extrême-droite hein, l’ouverture a ses limites), continuez avec une poignée d’intellectuels, un zeste de sociologues et un soupçon d’artistes et militants engagés, et terminez par quelques représentants ‘de la société civile’ et du monde du journalisme et associatif, et le tour est joué.

Ah oui j’allais oublier, mettez un ou deux députés aussi, il paraît que ce sont eux qui sont élus par les crétins qui financent la gabegie avec leurs impôts citoyens, alors il y a un quota pour eux, c’est une question de politesse.

Si vous parvenez en plus à dénicher une personnalité d’envergure pour présider la commission, genre ancien premier ministre sorti du placard à mites, ou bien sportif champion du monde reconverti en superstar humanitaire, ou encore écrivain économiste ancien conseiller de Mitterrand, là il n’y plus rien à dire, c’est la commission parfaite.

Faites mariner le tout pendant 6 mois, sans vous presser, puis sortez un pesant rapport de 457 pages avec tout un tas de graphiques, de références, de notes et de renvois à ce qui se pratique, forcément en mieux, à l’étranger (Scandinavie par exemple, c’est à la mode). Le rapport est important pour la crédibilité, mais inutile de passer trop de temps à l’écrire, puisque cela empiètera de facto sur votre temps de sieste et que de toutes façons personne ne le lira. Au pire, si les médias se montrent un peu curieux, pondez une synthèse en 10 lignes avec des mots tendance (‘diversité’, ‘égalité’, ‘croissance’, ‘respect’, ‘service public’, ‘réforme’, ‘discrimination’, ‘exclusion’…), ils seront ravis de s’épargner la lecture inutile du rapport tout en laissant croire qu’ils l’ont étudié à fond.

Effectuer la composition d’une commission peut sembler facile, mais nécessite en réalité un certain talent. Il faut tout à la fois ménager les susceptibilités des uns et des autres, replacer ceux qu’on a virés ailleurs parce qu’incompétents ou dérangeants, préparer son propre avenir en faisant plaisir au plus grand nombre, recaser les copains en panne de succès électoral et ne parvenant plus à payer les traites de leur appartement à Megève, et trouver quelques noms connus pour donner un peu de crédibilité à l’ensemble.

Il s’agit également de trouver des thématiques de choix, histoire que cette large distribution d’argent public dépensé à fonds perdus ne prête pas trop à polémique et que le peuple naïf ne s’apercoive pas trop de l’écran de fumée qui sert à cacher les vrais problèmes. Le rêve est de réussir à se sortir d’une situation politiquement embarrassante à l’aide d’une commission pipo, là c’est coup double. C’est rare, mais ça arrive.

Exemple parfait avec un débat foireux : la droite en panique avant les régionales en a rêvé, Fillon l’a fait : « Le débat sur l’identité nationale confié à une commission « …

No comment.

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2 Responses to Le retour de la grosse commission.

  1. NM dit :

    Il parait que Clémenceau disait que lorsqu’il voulait enterrer un projet, il créait une commission… Je n’ai pas de confirmation de l’authenticité de la citation (il faudrait peut-être une commission pour cela) mais elle est bien bonne.
    J’ai trouvé aussi celle-ci : Un chameau, c’est un cheval dessiné par une commission d’experts (F. Blanche).

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