Crise du logement.

La fondation Abbé-Pierre a publié hier son 15ème rapport annuel, et les chiffres sont accablants : 3,5 millions de personnes sont mal ou non logées (dont 100.000 SDF…) et plus de 6,6 millions sont en situation de réelle fragilité, susceptibles de basculer très rapidement dans le mal-logement en cas d’éclatement de la famille, de perte d’emploi ou d’expulsion.

J’avoue à ma grande honte avoir entendu ces chiffres à la radio ce matin sans plus y porter attention. Les mauvaises nouvelles s’enchaînent à une telle vitesse qu’il devient de plus en plus difficile de rester sensible, de s’émouvoir ou encore de se révolter, et quand on y prête attention, c’est la plupart du temps pour penser, consciemment ou non, qu’on a bien de la chance de ne pas être touché par un problème de santé, d’emploi, de famille, de pauvreté ou de logement… J’ai même quelquefois la sensation qu’on nous abreuve de ces nouvelles qui vont de mal en pis (pandémie, guerre, terrorisme, réchauffement climatique, catastrophes naturelles, chômage, misère, insécurité, exclusion…) pour nous pousser à nous dire que finalement notre situation est loin d’être catastrophique, et même que tout va plutôt bien puisque cela pourrait être nettement pire.

Echappant à la tentation de la théorie du complot, je ne peux m’empêcher de mettre en regard certaines actualités qui sont présentées de façon quasiment équivalentes : mauvais chiffres du chômage, de l’insécurité, du logement, mais hourra la ferme célébrités en Afrique cartonne, Apple lance un nouveau gadget inutile à 500 dollars, et Avatar explose les compteurs, le tout à l’aide de sommes démentielles dépensées en publicité et payées au final par… le con-sommateur… Panem et circences, mais à défaut de pain pour tout le monde, au moins nous avons les jeux… Allez, amusez-vous et dépensez l’argent que vous n’avez pas ou n’aurez plus, pendant ce temps là vos hommes politiques s’occupent de leur prochaine réélection la France.

Bref, le mal-logement et les mauvais chiffres. Coïncidence ou non, ce soir le magazine ‘Compléments d’Enquête’ sur France 2 traitait des ‘Nouveaux naufragés du logement’. Star Wars oblige, je n’ai pas pu suivre tous les reportages et ai rejoint l’émission durant une interview d’Augustin Legrand, la star médiatique des Enfants de Don Quichotte. Je dois reconnaître que j’ai trouvé le quidam convaincant, calme et maîtrisant son sujet, l’exact contraire de ce que à quoi je m’attendais. Mais ce qui m’a le plus marqué dans l’émission fut sans conteste l’évocation du divorce comme une des causes principales des problèmes de logement.

D’une possibilité ouverte par la Loi à un moment donné, le divorce est devenu petit à petit un droit inaliénable, un de ces ‘acquis’ qu’il convient absolument de protéger et de célébrer. Et ce, quelles que soient ses conséquences en terme de fragilisation des personnes (et en premier lieu des enfants), de destruction des liens sociaux, de paupérisation, de dissolution des patrimoines… Ces conséquences sont pourtant flagrantes et gravissimes, mais au lieu de se pencher sur les racines du mal, ce qui reviendrait à se remettre en question, on se contente uniquement de tenter de traiter ses conséquences, avec les résultats pitoyables que l’on connait. Les enfants sont destructurés, manquent d’éducation, consomment de plus en plus de drogues, souffrent de déséquilibres alimentaires, deviennent violents? Pas de souci! On célèbre la famille recomposée, source d’échanges et découvertes, on facilite l’accès à la contraception et à l’avortement, on simplifie les programmes scolaires et on abaisse le niveau des examens, on nous parle de dépénaliser certaines drogues, on place le ‘jeune’ sur un piédestal puisqu’on ne parvient plus à le cadrer et on va finalement demander à la police d’aller patrouiller dans des écoles sous vidéosurveillance…

Mauvais diagnostic, mauvaises solutions… Il en va de même pour le logement. ‘Un mariage sur trois finit par un divorce, un sur deux en région parisienne’, le journaliste étale la statistique doctement pour en tirer comme seule conclusion qu’il faut construire plus de logements pour permettre à ceux qui doivent quitter l’ancien domicile conjugal de trouver à se loger dans la pénurie actuelle. Suivent des reportages tristes à en pleurer sur des personnes jeunes ou moins jeunes en galère d’appartement suite à un divorce, contraintes de loger chez des amis, leurs parents ou sur un vieux rafiot pourri pour ne pas dormir dans la rue… Pour certains, la spirale infernale ne fait que commencer, avec à la clef la perte d’un emploi, la maladie, la solitude, la misère… Bien évidemment dans ces conditions, on ne peut à court terme que souhaiter que de nouveaux logements, si possible à tarif social, puissent être disponibles pour les accueillir. Mais il est quand même proprement hallucinant qu’à aucun moment on ne se pose la question de l’individualisation de nos modes de vie, de cet égoïsme grandissant, de ce ‘moi je’ de plus en plus sytématique, pour en tirer les conclusions qui s’imposent sur ce qu’une société doit promouvoir en terme de valeurs et de comportements.

Comment pourra-t-on s’en sortir humainement, sans même se placer sur le terrain moral, si l’on continue à piétiner et ringardiser tout ce qui permet à l’Homme de s’épanouir à l’intérieur de cadres, de règles, de communautés, et si l’on s’entête à vouloir absolument faire de chacun de nous des petits dieux aussi absolus que ridiculement impotents?

Allez, j’étais à un (beau) mariage ce week-end. Cele permet de rêver encore un peu, tout n’est pas fichu!

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2 Responses to Crise du logement.

  1. Stellae dit :

    La famille recomposée, merveille d’harmonie, c’est vraiment de l’idélogie pure; c’est le cas de la mienne, et quand je vois tous les problèmes que ça pose lorsque ça se passe (relativement) bien, j’ose pas imaginer lorque ça se passe mal..

  2. René de Sévérac dit :

    Vous traitez le cas de la décomposition sociale.
    Et c’est vrai que la situation est terrible.

    Il existe un autre phénomène qui rend le problème du logement encore plus aigüe : il s’agit de l’immigration incontrôlée qui requiers un nombre toujours croissant de logements :
    – soit on les crée à l’extérieur des villes -> Ghetto
    – soit on multiplie l’offre en ville -> les FDS fuient

    J’ai entendu aujourd’hui parler d’un projet de loi visant à imposer à tout promoteur un quota de logements sociaux lors de tout programme :
    dans ce cas de tels programmes courraient à l’echec du fait que personne ne va acheter un bien qui dès sa construction serait dévalorisé.
    Les Français ne sont pas hostile à la mixité sociale, mais rétifs à la mixité culturelle
    ‘ou raciale quoique évidemment les races n’existent pas.)

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