Agir en homme de bien.

La seule condition au triomphe du mal, c’est l’inaction des gens de bien.

Je suis récemment tombé sur cette citation d’Edmund Burke, et je dois avouer qu’elle m’a quelque peu remué. Evidemment je conçois aisément que nos modernes bien pensants puissent être effarouchés par l’emploi conjugé dans une phrase aussi courte de deux mots aussi tabous que ‘bien’ et ‘mal’.

Le Bien n’existe en effet plus, cette notion s’est irrémédiablement perdue en même temps que Vrai ou le Beau dans un relativisme creux qui permet à chacun de croire ce qu’il veut quand il veut, c’est à dire au final à ne croire rien du tout puisque tout se vaut. Quant au Mal, cette méchante idée judéo-chrétienne culpabilisante et sclérosante complètement dépassée par une modernité libérée par les lumières de la Raison, elle n’a de cours que lorsqu’il s’agit de montrer du doigt ceux qui apparaissent comme des ennemis de la Liberté et de la Démocratie, pas de pitié! Citons pour l’exemple les supposés fascistes (extrême-droite = extrême mal, extrême-gauche = acceptable voire sympathique, d’ailleurs la fête de l’Huma j’adooore), les méchants cathos (sous-groupe bien connu de la catégorie ‘fascistes’, enfin du moins les méchants, les autres on les tolère du moment qu’ils ne font pas trop de bruit), ou encore les dictateurs (encore que, je ne suis pas sûr puisqu’on accepte bien de leur parler, eux, quand il s’agit de décrocher des contrats juteux, des ventes d’armes ou l’accès à des puits de pétrole). Bref, au diable le Bien et le Mal, aujourd’hui ce qui compte désormais ce sont les droits de l’Homme et le ‘vivre-ensemble’. Globalement, si tu ne pratiques pas la torture et que tu n’embêtes pas ton voisin, tout va bien. Et d’ailleurs on le voit bien autour de nous, tout va vraiment très bien.

Mais je m’égare. Cette citation m’a donc remué, parce qu’elle appelle deux questions :

  • Puis-je me considérer comme un homme de bien?
  • Et surtout, au delà du jugement subjectif, est-ce que pose des actes concrets qui permettent objectivement de justifier cette appellation?

La ou les questions sont d’importance me semble-t-il, et conduisent quelque peu à la question coup de poing évoquée dans un précédent billet: ‘Et toi, c’est quoi ton objectif dans la vie?’. Je crois que je peux répondre : être un homme de bien. Reste à savoir comment…

Nos contemporains sont prompts à dénoncer les travers des autres ou bien les lourdes dérives du système libéral actuel, et souvent à juste titre. Ainsi on s’offusquera des rémunérations ou retraites chapeau scandaleuses de certains, oubliant peut-être que si nous vivions dans la peau d’Henri Proglio nous ne cracherions probablement pas sur un confortable matelas de 450.000 euros. On criera au scandale en condamnant ceux qui s’expatrient pour payer moins d’impôts ou qui fraudent le Fisc, omettant soigneusement de préciser qu’il se peut que nous ayions malencontreusement oublié de cocher la petite case qui induit le paiement de la redevance télé. On critique la spéculation, les traders et leurs milliards gagnés à ne ‘rien’ faire, tout en grattant consciencieusement son ticket de loto qu’on espère en vain gagnant depuis 20 ans, ou en achetant quelques actions Alcatel (je crois bien que demain ça va monter!). On hurlera en coeur contre ces patrons qui délocalisent sans vergogne, alors même que nous faisons la chasse au toujours-moins-cher-toujours-plus-vité-jeté qui se trouve être fabriqué en Chine, chose que nous savons pertinemment. On vitupérera la folie de l’ultra-libéralisme économique, se gardant bien de remettre en cause le libéralisme moral, l’hédonisme et la recherche débridée de ses propres plaisirs. On fera la critique du consumérisme, on en appellera à plus de responsabilité, on défilera en protestant que ‘nous ne sommes pas des marchandises!’, tout en fermant les yeux sur notre propension à considérer nos propres corps comme des objets de consommation.

La critique est aisée, quand l’art est difficile. La plupart de celles-ci sont justes, mais il me semble que nous devions intégrer le fait que l’avenir sera fait par ce que nous faisons bien plus que ce que nous disons, par nos actes plutôt que par nos paroles, si belles ou vraies soient-elles. Commençons déjà par agir en concordance avec ce que l’on pense, et ce sera déjà pas mal.

La Morale nous manque, qui pourrait nous aider à apprendre à mieux savoir distinguer le bien du mal, car cette distinction n’est pas toujours évidente. Dans mon métier par exemple, je suis amené à arbitrer entre faire fabriquer un produit en France, ou bien dans un pays ‘low cost’. Dans une entreprise qui gagne beaucoup d’argent le choix pourrait être plus simple, mais dans le cas contraire, quelle est la pratique à adopter?, où est le bien où est le mal? Est-il juste de vouloir sauver des emplois en France en sachant que cela conduira à en condamner d’autres?

On pourra toujours dire que le système est pourri et vicieux, qui nous oblige à effectuer ce genre d’arbitrage douloureux. Il n’en reste pas moins que c’est celui qui prédomine, et qu’à long terme seul un changement considérable des modes de vie et de pensée de chacun pourra conduire à l’amender et le transformer. Vouloir moraliser le capitalisme, c’est bien, surtout pour ceux qui y croient. Moraliser sa propre vie et ses propres actes me semble au moins aussi important et efficace. Les réponses bien/mal ne sont pas aisées à trouver : mais se poser la question, c’est finalement déjà le début d’une réponse.

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4 Responses to Agir en homme de bien.

  1. Stellae dit :

    Eh oui, quand on croit à la communion des saints, on croit que celui qui se sanctifie seul au fond d’une forêt profonde fait autant de bien au monde (voire plus) que celui qui agit.

  2. mimi dit :

    Tu as raison, la morale nous manque. Je ne peux qu’être d’accord, moraliser sa propre vie et ses propres actes, voilà un objectif auquel nous pouvons tous réfléchir.

  3. […] This post was mentioned on Twitter by koz, nicolas mathey. nicolas mathey said: La seule condition au triomphe du mal, c’est l’inaction des gens de bien : http://wp.me/pC5yN-EX [Chez Laloose] […]

  4. Plas Jean dit :

    Depuis Socrate et Platon l’homme de bien est le fondement individuel de la société idéale, lequel se veut aujourd’hui de « gauche » ou socialiste. Rejetant la morale religieuse héritière des néoplatoniciens, les penseurs de gauche ont inventé une dialectique de remplacement fondée sur l’action collective. « La charité, conscience de l’individu, retarde le progrès social » me disait un fils de républicain espagnol gauchiste converti depuis au pragmatisme social suédois. L’action collective aidée de la doctrine serait donc la solution ? Mon voisin de chambre d’étudiant, un certain Georges F voulait me convertir autrefois au communisme chinois. Il s’est reconverti plus tard dans une praxis politique avec le soutien ”d’hommes de bien” pour le plus grand bien de sa région. La gauche classique a-t’elle démontrée quant à elle que sans hommes de bien on peut instaurer un progrès social durable ? C’est donc Georges et son pragmatisme qui ont raison. Il y a des hommes de bien dans toutes les tendances d’idée. Alors pourquoi laisser une moitié de la France à gauche faire la guéguerre contre l’autre moitié stigmatisée à droite, pour le seul avantage carriériste d’hommes à gauche ou à droite qui ne sont pas de bien ?

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