Pensées (fatiguées) du vendredi.

Ce blog est en train de devenir exactement ce que je ne voulais pas qu’il soit, c’est-à-dire un truc avec beaucoup de ‘je’ et de pensées personnelles. Il faut croire que tout ne fonctionne pas comme prévu, et finalement c’est heureux. Allons-y donc gaiement, pour des pensées (fatiguées) du vendredi.

Enfin plutôt une pensée, point trop n’en faut, c’est la fin de semaine et la fatigue commence à peser, on est plus tout jeune hein… Une pensée en forme d’émotion, ce genre d’émotion qui vous saisit tout d’un coup, sans prévenir, qui vous submerge comme elle vous enivre. Ce sentiment que vous ressentez devant quelque chose ou quelqu’un comme si ce spectacle était tout neuf, comme si vous le voyiez pour la toute première fois.

Oh pourtant vous les voyez tous les jours, ces femmes qui habitent votre vie aujourd’hui et votre coeur pour l’éternité. Pour l’une, à laquelle vous êtes lié par la promesse de l’amour, c’est tous les matins que vous la croisez, entre la douche et le café, en luttant contre le temps et le sommeil, et c’est tous les soirs que vous la retrouvez , pris dans le tourbillon des menues choses à préparer pour le lendemain, d’une maison à tenir, et d’une fatigue à gérer. Pour l’autre, présent du ciel et miracle de l’amour, c’est tous les matins que vous la levez, l’habillez, la nourissez et l’emmenez chez la nourrice, et c’est tous les soirs que vous la revoyez, un peu, pas très longtemps avant qu’elle file rejoindre son amant Morphée et son doudou qui n’a pas encore de nom. Ainsi passe la semaine, ainsi file le temps, comme un film en accéléré qui vous empêche de bien distinguer les choses, les vraies choses importantes.

Mais de temps en temps survient un flash. Un peu comme quand vous relisez un Gaston Lagaffe, parcourant distraitement les planches que vous connaissez par coeur et anticipant les sourires avec deux bulles d’avance, et que tout d’un coup vous remarquez un gag qui jusqu’ici vous avait complètement échappé  : un détail comique sur un dessin, un jeu de mot subtil ou une mimique hilarante de ce crétin si attachant. Un flash donc, qui vous fait voir quelque chose que l’habitude et le quotidien ont tendance à vous masquer.

Régulièrement c’est ma femme que je me surprends à observer. Le plus souvent, c’est lorsqu’elle est concentrée sur une occupation quelconque. L’air sérieux mais paisible, imperturbable, elle est toute à son truc et ne voit rien d’autre.  Ou bien c’est tard le soir, quand elle s’est assoupie sur un livre après seulement quelques pages ou devant un film qu’elle n’aura vu qu’à moitié. Au réveil, elle aura beau protester vigoureusement ne pas avoir dormi, ou si peu, j’aurai pourtant eu tout le temps de la contempler se reposer du sommeil du juste, un petit sourire au coin des lèvres, sa main posée sur mon bras. Dans ces cas là je l’observe, et soudain je ne la regarde plus mais je la vois. Vraiment. Telle que je l’aime. Emu, me rendant compte de ma chance, de ce qui emplit mon coeur, de la puissance d’une promesse et d’un ‘oui’, de la beauté ce ‘nous’ qui se construit en respectant les ‘je’, et de ce qui est tellement puissant qu’il me dépasse, comme s’il venait d’ailleurs, de plus haut.

Et ce soir, rentrant du boulot, c’est ma toute petite fille que je vois jouer sur son tapis comme à son habitude, rigolant devant des choses qu’elle seule peut voir, s’éclatant avec des jouets comme si elle venait tout juste de les avoir, s’ermerveillant en contemplant et en triturant pendant de longues minutes un simple cube en plastique… Je la vois jouer quasiment tous les jours comme cela. Rien de nouveau, rien de spécial. Un enfant qui joue, spectacle plaisant et apaisant d’un bonheur innocent et simple, d’une vie qui ne se pose pas de questions, n’a pas de souci et ne connait pas l’angoisse ou la peur. Je la vois jouer, presque distraitement, et brusquement cette émotion qui monte, cette prise de conscience que cet enfant est mon enfant, un petit bout de moi et un prolongement de nous, le signe visible d’un amour invisible, un être à la fois si limité et si rempli de potentialités et de promesses, un miracle de la vie, quelque chose qui vous fait toucher du doigt l’éternité.

Difficile de décrire toute cette émotion avec des mots, forcément réducteurs et maladroits. Mais après cela apparaissent bien vains et futiles les petits soucis qui plombent le quotidien, l’énervement ou le fatalisme qu’engendre le suivi de l’actualité, l’angoisse de ce que l’on voudrait faire ou être, et qui vous échappe…

C’est la vie, c’est l’amour.

C’étaient les pensées (fatiguées) du vendredi.

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8 Responses to Pensées (fatiguées) du vendredi.

  1. Castafiore dit :

    C’est toutes ces belles choses qu’on a tellement souvent tendance à oublier, à banaliser…
    Et c’est beau d’ouvrir les yeux!

  2. Laloose dit :

    Ce serait surtout beau de ne pas les fermer…

  3. Jenny dit :

    Je ne résiste pas, cher Laloose, à te transmettre des voeux que j’ai reçu de la part de mon curé… pour toi et tes pensées (ton billet sur cette question de ton collègue m’avait déjà donné envie partager ces voeux):
     » Pour qu’une année puisse être bonne, il faut doser (selon son âge et son caractère) quatre ingrédients :
    -une part familiale et/ou amicale qui nous fait exister avec d’autres ;
    -une part culturelle et de loisirs qui nous ouvre à la société et au monde ;
    -une part intellectuelle ou réflexive qui cherche à comprendre, à analyser, pour se situer en homme responsable ;
    -une part spirituelle et religieuse qui donne une colonne vertébrale à notre personnalité.
    Une bonne année me semble être une année qui s’interroge de temps en temps sur cet équilibre (toujours précaire) dont nous avons besoin pour nous réaliser.
    Heureuse année 2010 !!! » à tous les lecteurs de « blogue qui peut ! »
    (tes « je » me semblent être du 1er point et méritent aussi une petite place sur ton blog 😉 les autres points l’ont déjà)

  4. annbourgogne dit :

    un blog, c’est forcément du ‘je » même si ça n’en a pas l’air

  5. Je trouve perso que ce sont des très belles et chouettes pensées (fatiguées) du Vendredi dans lesquelles j’ai bien aimé me plonger.
    N’ayant pas encore de p’tit être à « couvrir » d’amour, toutes mes pensées dans ces moments-là vont vers ma femme. je suis comme toi, j’adore la regarder dormir. Si elle se réveille, elle râle que je la regarde. Et si je lui dis que j’adore la regarder dans ces moments-là, elle fait un Pff qu’elle juge totalement à propos. Qu’importe ce pff. Le moment est terriblement génial à vivre.
    J’adore ces moments. Bon vent à toi.

  6. Laloose dit :

    @Jenny : merci pour ces voeux…

    @annbourgoge : merci d’être passée! Oui un blog c’est forcément du « je », mais ce n’est pas forcément du « je raconte ma vie » ou « j’expose mes ressentis »
    🙂

    @1pattedanslencrier : merci également pour la visite et le commentaire. Oui ils sont sympas ces petits moments… Et le « pff » doit être dans les gênes féminins 🙂

  7. Stellae dit :

    C’est vrai que ton blog fait parfois journal intime, mais en même temps, ton très bon style et les sujets abordés font que ça reste toujours très agréable et intéressant à lire. Le jour où tu servira de ton blog pour poster tes photos de soirées, on te préviendra ^^

  8. le chafouin dit :

    Eh ben, elles ont de la chance cette femme et cette fille…

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