Violences à l’école : quelle réponse?

La violence à l’école fait désormais partie du paysage. C’est triste, mais c’est malheureusement un fait. Le dernier acte de violence en date est une agression au couteau commise dans un lycée du Kremlin-Bicêtre, qui s’est soldée il y a quelques jours par la mort d’un jeune de 18 ans. Sur son blog, pourquoisecompliquerlavie rappelle des chiffres accablants : 

Chaque jour en France, 60 professeurs se font agresser, chaque année scolaire 250 actes de violence sont commis avec armes, 60 agressions sexuelles ont lieu et 80 % des actes de violence sont commis par des jeunes sur des jeunes.

Il s’agit des chiffres de l’année scolaire 2005-2006, mais ces agressions augmentent de 30 % tous les ans, c’est-à-dire qu’en l’état actuel des choses, elles doublent tous les trois ans. En 2009, plus de 4.600 agressions verbales et physiques en milieu scolaire ont été signalées  dans l’académie de Créteil, faisant 3.700 victimes.

On pourrait s’imaginer que dans de telles conditions et face à de tels enjeux, une démarche d’analyse en profondeur des causes de cette violence soit engagée. Comprendre pour mieux réagir. Et c’est donc avec une confiance enthousiaste que je me suis plongé dans le plan de ‘prévention et de lutte contre la violence‘ 2009-2010 de l’Education Nationale.

Autant vous dire que je n’ai pas été déçu du voyage dans le monde des bisounours et du politiquement correct.

D’emblée, sous le titre « enjeux », le tableau est tracé. Vous ne le saviez peut-être pas, vous autres naïfs qui pensiez que l’Ecole avait pour but d’enseigner et de délivrer les savoirs, mais sa mission est définie comme étant de :

  • promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes
  • permettre une conscience des discriminations
  • faire disparaître les préjugés
  • changer les mentalités et les pratiques
  • Programme ambitieux s’il en est. Avec tout un tas de mots clinquants et modernes, le genre qu’un ministre digne de se nom se doit de ressortir à chaque conférence de presse, d’une voix grave et le ton pénétré de l’importance du sujet, à la fois conscient du poids de sa responsabilité morale envers les élèves dont il a la responsabilité mais fier de sa contribution au service d’une société plus juste, plus digne, ouverte sur le monde et respectueuse de ses différences. J’en éprouve des frissons tiens… Bien dommage que dans le même temps cette Ecole soit de plus en plus une machine à créer des illettrés, mais bon j’imagine qu’on ne peut à la fois vouloir remplacer les parents forcément mauvais et assurer sa mission première (et unique). Forcément il faut faire des choix.

    Ensuite suivent les mesures à mettre en place pour éradiquer la violence. Enfin.

    Généraliser les diagnostics de sécurité

    Des diagnostics de sécurité ont été réalisés dans les 184 établissements les plus exposés aux intrusions et aux violences graves. La mise en œuvre de leurs préconisations est prévue au cours de l’année scolaire 2009-2010. La réalisation de ces diagnostics se poursuit dans l’ensemble des collèges et des lycées avec l’appui de partenaires de proximité.

    Diagnostics de sécurité. Bizarrement l’expression me fait penser à une prison ou à une zone ultra-sécurisée genre dépôt de fonds, base militaire ou bien zone d’entreposage de produits dangereux. Bigre, c’est du sérieux. Il me semble là reconnaître la patte Sarkozy : de grands mots donnant l’illusion du sérieux des actions planifiées, qui débouchent en réalité sur des commissions crachant des montagnes de rapports que personne ne lit. Heureusement qu’on retrouve les ‘partenaires de proximité’ : on ignore complètement qui ils sont ni quel est leur rôle, mais la proximité ça rassure, et puis ça fait un peu socialiste, c’est l’ouverture quoi.

    Installer les équipes mobiles de sécurité académiques

    Une équipe mobile de sécurité académique est constituée dans chaque académie sous l’autorité du recteur. Elle est composée de 20 à 50 personnes aux profils et aux compétences complémentaires et peut intervenir rapidement dans les établissements scolaires. Sa mission est triple : prévenir les tensions, intervenir immédiatement en cas d’incident grave et protéger les personnes et les biens.

    Equipes mobiles de sécurité académiques. Les E.M.S.A. Pas mal trouvé, ça peut faire un bon slogan : « les EMSA, j’aime ça! » (on aurait pu faire « I’m loving it », mais la rime c’est un peu démodé et il parait que c’est déjà pris, dommage parce qu’en anglais ça aurait fait plaisir au futur ministre Descoings). Le tout enrobé dans un beau logo facturé quelques centaines de milliers d’euros par un cabinet de conseil visionnaire. Dont le patron est le fils du frère de l’oncle du chef de cabinet du ministre. Bref, on a donc droit à des espèces de biomans mi-flics mi-éducateurs, à la croisée de l’action et de la prévention. Le genre qui ne mécontente ni l’électeur de droite ni l’électeur de gauche. Juste le contribuable.

    Responsabiliser les élèves

    L’École enseigne aux élèves le respect des règles de la vie collective et les sanctions prévues chaque fois qu’elles sont enfreintes. À partir de 2010, un Code de la paix scolaire les rassemble dans un langage clair, accessible et illustré, pour les collégiens et les lycéens. La réglementation relative à la discipline dans les établissements du second degré doit être revue pour permettre plus de souplesse et de rapidité.

    « Respecter les règles du savoir-vivre ensemble. Dans l’écoute mutuelle et le partage des expériences. S’enrichissant de nos différences. Apprenant par le dialogue et l’échange, dans un esprit d’ouverture et de confiance dans l’altérité du vécu, par delà ce qui semble nous séparer mais qui en réalité nous unit. Nous sommes une même famille, we are the world, together ». (extraits du code de la paix scolaire selon Saint IUFM).

    Bon j’arrête là. En fouillant dans les pages du site de l’EducNat’, je lis qu’on installe des portiques de sécurité, qu’on met en place des vigiles et des partenariats avec police et gendarmerie, qu’on se propose de fouiller les sacs…Remarquez au passage que pas à un seul moment on ne parle des parents. De leur rôle primordial dans l’éducation de leurs rejetons. De l’importance de les associer à toute ‘politique éducative’ à l’école, alors que celle-ci ne peut être qu’un complément de l’action parentale.

    Ce qui m’interpelle le plus, au delà du verbiage creux et abscons assez classique dans la communication des prétendus spécialistes de l’éducation qui ont pourtant réussi (à droite comme à gauche) à détruire l’Ecole Publique, c’est l’aveuglement qui conduit à fermer les yeux sur les causes et à en être réduit à tenter péniblement de traiter les conséquences. A la manière du tonneau des Danaïdes. Eclatement de la famille, dénigrement de l’autorité, ringardisation de toute morale, sacralisation du ‘jeune’ placé sur un pied d’égalité avec l’adulte, mythification de ‘valeurs’ complètement creuses, banalisation de la violence et de la pornographie, et j’en passe, autant de tabous soigneusement écartés du débat public.

    L’esprit de Mai 68 domine toujours, mais avec en plus des flics dans les cours de récrés.

    A part ça, tout va bien.

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    3 Responses to Violences à l’école : quelle réponse?

    1. pourquoisecompliquerlavie dit :

      Bravo ! Il fallait que quelqu’un fasse cette analyse.

      Le projet de l’EN est ambitieux et nous devons tous approuver les objectifs affichés :

      •promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes
      •permettre une conscience des discriminations
      •faire disparaître les préjugés
      •changer les mentalités et les pratiques.

      Ce qui me tracasse, c’est que ces projets sont les mêmes depuis une trentaine d’année et nous constatons tous l’échec des moyens mis en oeuvre.

      D’abord, changer les mentalités ne veut absolument rien dire (à moins que ce ne soit le résumé des 3 précédents objectifs ?). Notez que comme cette rédaction est certainement le fait de quelqu’un qui est passé par cette école, il n’a probablement appris ni l’autocritique ni à écrire correctement…

      Pour le reste, nous constatons qu’il n’y a toujours pas d’égalité hommes/femmes dans les salaires, dans la direction des entreprises. Cela provient probablement justement de la mixité scolaire érigée en dogme.

      Aucun des moyens théoriques pourtant mis en oeuvre, en vain, n’est remis en cause !

      Je crains que vous n’ayez raison : ce qui compte pour l’EN, ce n’est pas l’avenir réel de nos enfants, mais l’avenir théorique de l’idéologie d’une école qui passe par dessus les parents pour former des jeunes. Comme les parents d’aujourd’hui sont passés par cette école-là, et je crains qu’eux justement, n’aient même pas l’idée de participer à l’éducation de leurs enfants puisque l’école est sensée le faire ! De ce point de vue là au moins, l’école est une réussite !

    2. Stellae dit :

      Merci pour cet article qui creuse un peu, ça fait du bien ; le journal de la « décroissance » de décembre a aussi produit un article intéressant sur les ravages de Meirieu et autres « spécialistes de la pédagogie » (dixit son site internet).

      Par contre, sans doute que je comprends mal votre idée, mais je m’inquiète lorsque vous parlez d’associer les parents à lécole. J’ai des mauvais exemple de parents d’élève insupportables ne parvenant pas à comprendre que leur chérubin puisse être un désastre à l’école, et le défendant envers en contre tous. A l’école, le patron c’est le prof, pas l’élève ni son père ou sa mère. Ou du moins, ça devrait..

    3. Laloose dit :

      @pqsclv : Personne ne peut être opposé sur le principe à ces objectifs. Le problème est qu’ils sonnent complètement creux, comme vous le soulignez pour le 4ème d’entre eux. Permettre une conscience des discriminations, qu’est ce que cela veut dire? idem pour la promotion de l’égalité hommes femmes. On ne promeut pas cette égalité, on la vit et on la démontre par l’action. Pas les paroles mielleuses pour se faire plaisir.

      @stellae : je ne trouve vraiment pas avoir creusé, mais c’est gentil 🙂
      J’ai effectivement lu ce journal, il m’a paru très intéressant.
      Concernant les parents, il y a toujours des mauvais exemples. Je ne suis pas opposé sur le principe à ce que l’Ecole se fasse le relais et le soutien de l’éducation parentale. Surtout en des lieux ou époques où celle-ci s’avère déficiente. Mais plutôt que d’agir en concurrent ou de sembler passer par dessus l’autorité parentale, même si celle-ci montre ses limites, je pense que la bonne chose à faire est de tout mettre en oeuvre pour pousser les parents à être parties prenantes.
      Mais je ne pense pas que tel était le sens de votre remarque. Oui bien sûr le prof est maître en sa classe, et les parents doivent respecter cette autorité devant leurs enfants, au risque de donner un mauvais exemple et de voir leur propre autorité contestée.
      Mais cela n’empêche pas que les parents puissent discuter directement avec le professeur quand ils estiment que ses décisions ne sont pas adaptées ou pertinentes, et ils doivent être écoutés avec le respect qui leur est du.

      Merci pour vos commentaires.

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