Pie XII pape bavard : à lire et méditer.

A lire et à relire, à méditer et à faire circuler, le billet de Francois Miclo sur Causeur.

Excellent à tous points de vue. Le billet que j’aurais rêvé d’écrire…

Morceaux choisis :

Au delà de la thématique sur Pie XII, le constat lucide d’une époque qui aime à juger le passé sans se soucier de ses propres indignités :

Notre époque porte sur l’histoire un regard insensible. Elle considère le passé non pas tel qu’il a été, mais tel qu’elle voudrait qu’il fût. Elle sermonne les morts, leur dicte une conduite, ne rechigne pas à l’anachronisme pour les juger au nom de principes qu’elle ne s’applique jamais à elle-même, mais qu’elle leur demande rétroactivement de respecter. Notre époque n’est pas historienne : elle est vindicative. Tenter de comprendre les hommes et leurs raisons, dans le temps, le système de représentations et les circonstances qui furent les leurs, penser la complexité sans la réduire à une rationalité binaire : là n’est ni son fort ni son objet. Ce qu’elle veut, ce sont des coupables.

Et qui apprécie par dessus tout renier ses propres racines :

Des coupables, oui. Mais pas n’importe lesquels. Il lui en faut trouver d’exemplaires, par qui elle puisse se livrer tout entière à ce qui caractérise aujourd’hui l’Occident chrétien : la haine de soi. Notre époque hait ce qu’elle est, et voue à la détestation tout ce qui la fonde. Et comme elle tire son existence entière de Rome et de l’Eglise (jusqu’à l’athéisme, posture philosophique impossible en dehors du christianisme), c’est l’Eglise romaine que l’on charge de la culpabilité maximale.

Rappel à tous les professionnels du jugement facile s’exonérant de toute considération pratique et s’affranchissant de tout contexte, préférant la posture au résultat :

Sûr, à l’époque, Pie XII n’encombra pas les plateaux télés pour se plaindre. Il ne participa ni à “On n’est pas couché”, ni au “Grand Journal” de Canal+. On ne le vit pas se répandre en larmes chez Pascale Clark. […] La “prudence toute diplomatique” dont on accuse Pie XII aujourd’hui n’est pas de la prudence, encore moins de la couardise. C’est la simple prise en compte du réel : en Allemagne et dans une Europe livrées à l’un des pires systèmes totalitaires, il ne suffit pas de signer une pétition depuis son confortable appartement pour faire changer les choses. On essaie uniquement de mener la politique des petits gestes, de sauver ceux que l’on peut sans attenter à la vie d’un plus grand nombre. Car, face au déferlement de la totalité sur soi, c’est elle seule, cette politique des petits mouvements, qui peut sauver non seulement des hommes, mais aussi la part humaine qui est en nous. […]

Et conclusion en forme de rappel de ce qu’est vraiment la sainteté pour les catholiques, et des raisons qui poussent à béatifier Pie XII.

Voilà Pie XII. Désolé, ce n’est pas un super-héros. Vous ne trouverez en lui rien de Flash Gordon ni de Catwoman. Il n’a pas retroussé ses manches pour dévoiler ses biscoteaux antiracistes, comme n’importe lequel d’entre nous qui n’a pas vécu en son temps l’aurait, bien entendu, fait. Il a essayé simplement d’agir en homme parmi les hommes. Et c’est cela, précisément, que l’on appelle la sainteté.

Chaque catholique y est appelé. Parfois, l’Eglise en prend l’un ou l’autre et décide de l’élever à la dignité de ses autels. Pie XII, ne le mérite-t-il pas ? Allez savoir. C’est à Benoît XVI d’en décider. Dieu seul en sera juge.

Un saint est, avant tout, un témoin. Non pas celui qui témoigne à charge et qui enfonce l’accusé, mais qui essaie, par ses moyens humains, toujours modestes face aux implacables machineries des Etats et des idéologies, de le sauver. Ce témoin, Pie XII l’a été pour d’innombrables juifs. Il l’a été aussi pour l’Eglise universelle.

En attendant, les catholiques ont de bonnes raisons de vénérer Pie XII. Pour son action, ses paroles et son silence qui appelle chaque être à l’éthique de responsabilité.

 

Merci monsieur Francois Miclo, merci…

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4 Responses to Pie XII pape bavard : à lire et méditer.

  1. le chafouin dit :

    J’ai en effet trouvé ce billet de Miclo très bien senti et écrit. J’aime bien ce monsieur!

  2. Jenny dit :

    Très intéressant ; merci pour le lien. Quand le « devoir de mémoire » devrait se mettre en quête de vérité…

  3. Laloose dit :

    Oui ce monsieur est à la fois pertinent, bon écrivain et drôle. Ce qui ne gâche rien.

    Jenny, « vérité » est malheureusement un mot qui a quasiment disparu de nos sociétés… Mais il est d’autant plus rafraichissant de voir que certains lui rendent toujours témoignage.

  4. francis dit :

    « Il a essayé simplement d’agir en homme parmi les hommes. Et c’est cela, précisément, que l’on appelle la sainteté » écrit Miclo…
    Cela me semble une définition réductrice des « vertus héroïques ». Avec ce niveau d’exigence, qui l’aurait sans doute amené sur les plateaux de télé s’ils avaient existé, je comprends mieux ce processus de béatification. Miclo se fait plaisir et n’argumente pas: il convaincra les convaincus.

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