Interdire le droit de grève.

Paf! Si c’est pas provocateur comme titre ça, belle accroche hein?

Plus sérieusement, l’actualité de ces derniers jours a été dominée, du moins c’est ce que j’en ai retenu, par plusieurs sujets : la grippe A acheinènnhein, le riffifi de Copenhague, la neige qui met le souk, et la grève du RER A qui crée un souk au moins aussi monumental quoique plus circonscrit. Ayant couvert assez brillamment (et modestement) les trois premiers de ces titres sur ce blog, je me vois dans l’obligation d’enfoncer le clou et de boucler la boucle.

La grève dans le RER A donc. D’où le titre de ce billet, vous l’aurez probablement deviné, malins que vous êtes. Pas facile de disserter en France sur la grève : celle-ci fait manifestement partie intégrante de l’identité nationale de ce pays et constitue un de ces fameux « acquis sociaux » auxquels se cramponnent les gauchistes contre vents et marées et que libéraux voudraient voir disparaitre de ce beau monde moderne qu’ils sont en train de créer sous nos yeux ébahis. Entre les deux, point de salut, hormis peut-être celui du service minimum ou garanti : joie et soulagement pour les usagers de ce RER, ils ont royalement droit à 50% des trains aux heures de pointe, et quasiment rien le reste du temps. Certains diront que c’est une situation préférable à ‘rien du tout tout le temps’ et que donc ce service garanti constitue un progrès. Éternelle question du verre à moitié vide ou à moitié plein, tout dépend de quel point de vue on se place….

Personnellement j’ai tendance à penser en terme de Justice et de Morale, et cette grève (comme beaucoup d’autres) m’amène plusieurs questions :

– Dans un contexte de crise économique et sociale gravissime pour des centaines de milliers de français, est-il moral de venir réclamer des primes quand on a la sécurité de l’emploi et des avantages sociaux aussi conséquents alors que tant de gens ont perdu le leur et basculent dans la misère?

– Est-il moral de réclamer des primes en bloquant la circulation des mêmes personnes qui paieront au final la note puisque par leurs impôts ils financent directement une RATP dont le budget provient à 50% des subventions des différentes collectivités?

– Est-il juste, alors que les revendications concernent uniquement les salariés et leur direction, de faire subir aux usagers les conséquences de ce mouvement? Et ce alors même que les conditions climatiques actuelles sont particulièrement difficiles?

– Est-il juste que ces conséquences pèsent justement sur ceux qui sont les moins aisés, dépendant de ce moyen de transport pour travailler et n’ayant aucune solution de repli, alors que ces mêmes grévistes ont en moyenne un salaire supérieur, un temps de travail inférieur et une retraite plus précoce (dont le régime déficitaire est financé par celui du privé…)? En clair, est-il juste que les moins à plaindre soient ceux qui bloquent les autres pour obtenir plus d’argent?

– N’y aurait-il pas une certaine incohérence à systématiquement se prévaloir d’un mythique ‘service public’ sans par ailleurs hésiter  à abandonner ce même service et à prendre en otage ce même public et  pour obtenir ce que l’on souhaite?

– Est-il juste que ce soient encore et toujours les mêmes qui fassent les frais à la fois du manque de courage politique de ceux qui les gouvernent, quel que soit leur bord, et d’un esprit de caste de revendication systématique? 

Le droit de grève comme la continuité des services publics sont tous les deux inscrits dans la Constitution. Se prévaloir de l’un en oubliant l’autre et en foulant aux pieds l’intérêt général me semble particulièrement hypocrite. Le droit de grève est indispensable pour atténuer le différentiel de pouvoir entre le salarié et ses responsables, et en tant que tel il est juste et doit être protégé. Mais le droit de grève n’est en aucune manière le droit d’empêcher une partie de la population, et notamment la plus fragile, de vivre et de travailler normalement, ni de s’en servir comme un otage pour obtenir des réponses à ses revendications. C’est une question de justice, de morale, et de respect de l’intérêt général. C’est aussi une question de responsabilité, quand on se prétend être un ‘service public’. Cette question de responsabilité vaut tout autant pour les pouvoirs publics, qui doit avoir le courage de prendre les siennes pour parvenir à un service minimum véritablement digne de ce nom.

Un peu de courage que diable…

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