Joyeuses fêtes? Blood and guts!

Rien que ça, je l’avoue, ça m’agace. Cette incantation ridicule entendue à longueur de journées depuis quelques semaines commence à me taper sérieusement sur le système. Impossible d’y échapper : à moins de s’être lancé dans une carrière d’ermite reclu dans le désert de Gobi ou d’être pensionnaire bienheureux d’une station spatiale orbitale, difficile de croiser quelqu’un sans qu’au moment de se quitter, l’expression honnie ne soit fatalement et inévitablement ressortie :

Joyeuses fêtes!

Mais ça veut dire quoi « joyeuses fêtes » hein, franchement? Allez-y, dîtes carrément « joyeux Noël », vous verrez que cela ne vous écorchera pas la bouche… A moins bien évidemment que vous ne considériez qu’évoquer le nom d’une fête qui fut religieuse en des temps où les gens ne songeaient pas forcément qu’à se péter le bide en déballant leur nouveau i-truc ou le dernier machin-chose ne constitue une agression caractérisée envers la sacro-sainte laïcité, et une quasi insulte envers les non-chrétiens. A moins que vous ne considériez que la Halde fait partie des meilleures inventions de la modernité. A moins que le fait de nommer clairement un évènement qui commémore l’incarnation d’un Dieu qui s’est fait pauvre parmi les pauvres alors que tout n’est fait que pour vous faire penser à consommer encore un peu plus ne dérange et ne gêne. A moins que la vous ne voyiez la déculturation comme un facteur de progrès. Evidemment.

En plus, entendre ce genre d’expression dès la fin novembre, franchement… Je sais bien que la mode est désormais à l’anticipation systématique, puisque la rentrée scolaire s’affiche dans les magasins dès le mois de juin, que j’ai vu des affiches pour la galette des rois (certains se souviennent peut-être que celle-ci survient à l’Epiphanie, mais ne le dites pas trop fort, vous passeriez au mieux pour une suspecte survivance d’un passé révolu et inconnu, et au pire pour un dangereux intégriste) pas plus tard que la semaine dernière, et quant à Noël ou plutôt les « fêtes », la publicité se charge depuis novembre de rafraîchir la mémoire aux extraterrestres qui auraient oublié cette fête familiale ce grand moment de consommation collective effrénée.

La femme de ma vie est nettement plus positive que moi. Après avoir écouté patiemment une fois de plus mes vitupérations contre ce monde décadent et corrompu, elle m’indique gentiment que les gens le souhaitent peut-être aussi tôt car ils n’auront pas forcément l’occasion de nous revoir avant Noël, et que c’est de ce fait fort courtois de leur part. J’aimerais bien y croire, tout comme j’aimerais vraiment partager cet enthousiame inextinguible envers mes semblables. Cela dit, quand je vois le lundi une caissière au supermarché ou un vendeur dans un magasin, je ne leur lance pas en partant un jovial « bon week-end » ou « joyeuses Pâques » (arg l’intégriste, encore!) même si je sais que je ne les reverrai très probablement pas avant un bail, voire jamais… Mais bon, ça doit être mon côté obscur et antisocial.

Bref. Tout ceci n’était pas le but initial de ce billet, mais ça défoule. En fait, je ne sais pas pour vous, mais personnellement je ne me sens absolument pas investi dans un quelconque « esprit de Noël ». Et pourtant petit, quels moments magiques c’étaient… Le calendrier de l’Avent rythmait une attente douloureuse mais prometteuse, la crèche et le sapin montés en famille rappelaient combien l’échéance était proche, les cachettes que des parents naîfs pensaient secrètes se remplissaient doucettement de paquets dont on s’acharnait à deviner le contenu et l’affectation, les décorations et les chants de Noêl à la maison ou dans les rues entretenaient l’ambiance… Mais aujourd’hui, plus rien, tout a disparu, l’esprit de Noël s’en est allé comme tous ces monstres ou fées qui s’enfuient avec la prime jeunesse… Pas l’envie et pas le temps de monter un beau sapin ou une crèche, pas plus d’enthousiasme pour partir à la recherche de cadeaux, j’éprouve les pires difficultés à me rendre compte que Noêl, c’est dans moins de dix jours…

Est-ce la faute au réchauffement climatique à l’arrivée tardive du froid et au maintien récent de températures extraordinairement clémentes pour la saison? Sont-ce ces maudits trente ans qui viennent de sonner impitoyablement, enterrant encore un peu plus le rêve au profit d’une supposée maturité? Serait-ce le rejet ou dégoût inconscient d’une fête ayant noyé son caractère sacré et simple dans la folie d’un monde qui nous transforme en robots programmés pour consommer à échéances fixes?

Difficile à dire. Toujours est-il que je ne suis clairement pas dedans, comme indifférent… Combien de temps passé à établir des listes de cadeaux pour soi et à choisir ceux des autres, et combien de temps consacré à faire avancer son mouton dans la crèche en direction de l’étable de la Nativité, c’est à dire à essayer tous les jours d’être quelqu’un de meilleur, pour les autres et pour soi?

Restent tout de même quelques petites choses de Noël : joie de se retrouver en famille, même incomplète, plaisir d’offrir, messe de minuit au caractère si particulier, et j’oublie probablement d’autres choses encore, tout n’est pas perdu. Et puis vivement l’année prochaine, que je puisse voir dans les yeux de ma fille tout ce qui ne brille plus dans les miens!

Allez, joyeux Noël en avance hein! Et même, parce que je suis bon, lent à la colère et plein d’amour, et que ça vous fait plaisir, joyeuses fêtes!

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4 Responses to Joyeuses fêtes? Blood and guts!

  1. AncillaDomini dit :

    🙂

  2. NM dit :

    Joyeuses fêtes est la version packaging de joyeux Noël, bonne année (avec en option Sainte Famille, Marie Mère de Dieu, Sainte Etienne…).
    Il m’est arrivé à la fac de souhaiter un joyeux Noël à mes étudiants en précisant ‘pour ceux qui fêtent Noël’. Ceux qui ne veulent pas fêter Noël, ne le fêtent pas ; ceux qui fêtent sans réfléchir, sont contents aussi ; certains se disent parfois ‘qu’est-ce que cela veut dire fêter Noël’?

  3. josépha dit :

    pour ma part, je boycotte complètement l’expression « joyeuses fêtes » et dis systématiquement « Joyeux Noël ». C’est ma façon à moi de résister… « Joyeuses fêtes », c’est tellement ridicule…

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