Attention, retour de l’ordre moral!

Entendu ce soir sur l’antenne de France Info, dans l’émission A première vue… Cette chronique de Patrice Bertin, qui est rien moins que conseiller spécial du président de Radio France, a pour objectif de revenir sur « un fait d’actualité du jour, pour vérifier et appronfondir le sujet. Phrase, attitude, photo… passées au crible pour mieux comprendre le monde qui nous entoure« . Ce soir donc, cette chronique portait sur Tiger Woods : le golfeur multi-milliardaire a récemment déchaîné les passions outre-altantique suite à des affaires d’infidélités supposées, et a été la vedette bien malgré lui d’un buzz qui l’a finalement amené à annoncer une pause sportive d’une durée indéterminée afin de pouvoir consacrer du temps à sa famille, décision qui a accéléré le retrait de la majeure partie des sponsors assurant sa fortune.

Extrait :

« Toute proportion gardée, cela rappelle bien sûr les mésaventures du président Clinton. On a changé de siècle, mais l’Amerique ne bouge pas dans ce pays où l’on bat des records de violence, de racisme, de drogue, où la peine de mort continue d’être infligée, avoir des rapports extra-conjugaux, ne pas comme dit la pub se comporter en bon père de famille, apparaît comme la pire des fautes. Le vrai président des Etats-Unis, c’est [légère pause ménageant le suspense] l’ordre moral. Ce qui transforme la plus grande démocratie de la planète en curiosité archaïque et navrante. Car de toutes les polices du monde, celles des moeurs est bien la plus insupportable ».

Ah l’ordre moral, cela faisait un bon moment que je me demandais où il était passé car on n’en entendait plus parler, Golias ne le citait plus, les éternels laïcards et antipapistes se tenaient cois sur le sujet, et je commencais à craindre le pire, à savoir que cette génération anticléricale avait fini par être balayée et terrassée par les lumières de Vatican II et du progressisme. Heureusement il n’en est rien.

 « A première vue », l’auteur de cette brillante chronique visant à « vérifier et approfondir le sujet » (sic, quel approfondissement…) n’avait pas grand chose à se mettre sous la dent. On peut certes déplorer l’ardeur de certains médias américains à dénoncer aussi violemment les écarts de conduite de Tiger Woods, comme le Daily News titrant de façon hallucinante : « Les agissements honteux de Tiger doivent être punis« . Punis comment, on se le demande bien. Mais bon une fois qu’on a dit ça, une fois qu’on a noté que la majeure partie du buzz médiatique provient de la presse trash et des tabloïds qui se repaissent traditionnellement de ce type d’affaire, qu’a-t-on à dire?

Comment reprocher à des sponsors qui misent justement sur l’image de gendre idéal, beau, riche et aseptisé  que le golfeur a toujours su cultiver, de préférer investir les quelques 100 millions de dollars annuels qu’ils lui versaient dans d’autres vecteurs de communication un peu moins foireux? On peut regretter que sa vie privée ne le soit justement plus, mais on peut également considérer qu’en tant qu’homme public vendant publiquement et notoirement son image, il s’exposait à de lourdes conséquences en cas de faute, et que ces conséquences sont là. Je n’irai pas lui jeter la pierre, je regrette qu’il puisse être montré du doigt et que sa famille en subisse également les conséquences, mais il n’en reste pas moins qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Question de beurre, d’argent du beurre, tout ça quoi…

Je ne vois vraiment pas où ce « journaliste » va nous ressortir le vieux couplet archi rabâché de l’ordre moral, celui que les libertaires de tous poils avaient l’habitude de nous ressortir à chaque fois qu’ils voyaient la sacro sainte règle du « il est interdit d’interdire » potentiellement remise en cause… Il est vrai que l’occasion est trop belle : certes, cela aurait été encore plus croustillant si l’Eglise y avait mis son grain de sel, mais l’Amérique puritaine et « archaïque », ça fait toujours autant recette. Qu’importe si l’on serve aux auditeurs du vent intégral, du néant en forme de discours protestataire, la dénonciation d’un prétendu ordre moral et d’une police des moeurs supposée fait toujours recette. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse…

Il est finalement assez comique de le voir prendre ainsi la défense d’un homme devenu multi-millionaire à force d’endosser les casaques des plus grandes marques capitalistes, et qui reviendra probablement dans quelques temps, car l’oubli est chose rapide dans le monde de la jet set. Personnellement, j’aurais été à la limite plus interessé de le voir dénoncer une certaine « presse » qui fait des caniveaux son unique fond de commerce. Voire, mais on a le droit de rêver, de l’entendre se poser la question de savoir s’il est moral de voir dépenser autant d’argent pour la promotion de marques de coca-cola 100% obésité, de vêtements de sports fabriqués en Chine et vendus pourtant aussi chers qu’avant, de téléphones portables qui font papa-maman, ou de rasoirs révolutionnaires avec effet 4 en 1… A l’heure où l’on parle de consommation et de comportement responsables, cela aurait pourtant eu une autre classe, une autre envergure, et serait un peu plus moderne que la dénonciation d’un « ordre moral » un peu éculé…

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