Copenhague : le grand n’importe quoi.

Sans vouloir faire le boulet de service, je dois avouer que le grand show de Copenhague commence doucettement à m’échauffer les oreilles… Impossible en effet d’ouvrir un journal, d’écouter une radio, ou de mater tranquillement la télévision sans être harcelé, agressé et quasiment violé par des torrents de phrases grandiloquentes et d’adjectifs démesurés au sujet du grand show politico-associativo-mediatico-pipo de Copenhague, le sommet qui va sauver la planète, voire l’univers. 15.000 participants, 192 pays représentés, une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement, bref le gratin y est, et Copenhage est décidément « the place to be ». Même Ségolène Royal en tant que présidente de la région Poitou-Charentes y est invitée, c’est dire… Ne manquent a priori que Bruce Willis et Steven Seagal pour avoir le casting parfait des supermans au service de notre mère Gaia menacée par les anges de l’Apocalypse selon Saints Hulot et Arthus Bertrand.

« Ultime chance pour sauver la planète« . « Notre génération face au jugement de l’histoire« . « Douze jours pour changer notre monde« . « Copenhague pour soigner une Terre à vif« . « Copenhague : état d’urgence pour la planète« . En bref, le sort de la planète se joue à Copenhague, franchement si vous n’avez pas compris cela, c’est que vous êtes au mieux un crétin, au pire un dangereux négationniste. L’écrasante majorité des titres lus dans la presse sont dans ce même style : de la mesure, une bonne dose de prudence dans le traitement journalistique, du recul dans le propos et dans l’analyse, tout y est. Et au cas où l’unanimité médiatique ne serait pas assez claire et visible, 56 journaux du monde entier-all-over-the-world-we-are-the-champions ont décidé de s’offrir un édito commun, affirmant ainsi modestement : « Si nous, avec nos optiques nationales et politiques si différentes, pouvons nous mettre d’accord sur ce qui doit être fait, nos dirigeants devraient pouvoir en faire autant« . Dans le genre, nous on a réussi, on va bien voir si vous aussi… Cet édito est d’ailleurs prophétique : mises à part des grandes phrases pleines de jolis mots et dégoulinantes de bons sentiments, il n’y a strictement rien en terme de propositions concrètes. Cela augure bien de ce grand sommet…

J’avoue humblement n’être ni scientifique, ni climatologue, juste un pauvre gusse qui se pose quelques questions idiotes. Comment se fait-il qu’on parvienne à prévoir le temps qu’il fera dans 300 ans alors que Météo France est fiable sur à peine 2 jours? Comment se fait-il qu’on parvienne à mobiliser autant de gens importants, autant de médias et autant d’argent pour sauver le monde peut-être plus tard alors que des centaines de millions de gens crèvent de faim de façon certaine aujourd’hui et que le dernier sommet de la FAO sur la faim a fait un bide monumental? Comment se fait-il qu’on distribue des primes pour mettre à la casse des voitures qui fonctionnent encore, de façon à subventionner l’achat de voitures neuves, dont une partie est fabriquée à l’autre bout de l’Europe, alors qu’on nous parle sans arrêt de comportements « responsables »? Comment se fait-il qu’une bonne partie de ces donneurs de leçons écolos et de ces prophètes catastrophistes sont les mêmes qui nous bassinent avec la dérégulation forcenée, l’ouverture des marchés, la magie de la consommation pour tous?

Je ne suis pas spécialement un adepte de la décroissance. Cependant, il me semble que les récentes crises écologiques, économiques et sociales doivent nous interpeller plus que jamais et nous faire poser la question du sens de la croissance. Croissance qui a longtemps été synonyme de progrès social et humain, mais qui a de plus en plus tendance à être considérée comme un fin et non plus comme un moyen. Si la « croissance verte » dont on nous vante les mérites à longueur de journées et de journaux n’est finalement que la seule parade que notre monde moderne a trouvé pour pouvoir continuer à se gaver de choses complètement inutiles et pérenniser des modes de vie basés uniquement sur une jouissance individuelle, déshumanisante et aliénante, tout en oubliant ceux que ces mêmes comportements laissent complètement de côté, alors franchement non merci… D’autant que derrière ces belles paroles écologiques viennent poindre les fumeuses théories néo-malthusiennes de contrôle de la démographie : bah ouais coco, pour limiter les effets du réchauffement climatique, supprimer la faim dans le monde et éviter se retrouver avec des millions de crève-la-faim à nos portes, il suffit de limiter le nombre d’émetteurs et de pauvres, comme ça chez nous on pourra continuer un peu plus longtemps à faire toujours un peu plus n’importe quoi, tout en ayant la conscience tranquille…

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3 Responses to Copenhague : le grand n’importe quoi.

  1. Castafiore dit :

    Mais oui! Laloose, l’homme est devenu THE cible a abattre! Cible ô combien dangereuse pour la planète! D’ailleurs, le génial cohn bendit ( que ferions nous sans lui) n’a-t-il pas éclaire nos pauvres lanternes de criminels en affirmant qu’il ne fallait avoir que deux enfants, « l’empreinte ecologique » du troisième étant insupportable pour la planète??
    No comment.

  2. pelmer dit :

    Ô le plaisir de voir écrit et analysé ce que l’on ressent ! Merci Laloose !

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