Guaino : à conseiller spécial, salaire spécial?

Lu sur Libération ce matin, les bras m’en tombent… Le Canard Enchaîné a dévoilé dans son édition d’hier le salaire du conseiller spécial de l’Elysée : selon le journal satirique, qui a tiré l’information du rapport du député socialiste Jean Launay sur le budget de l’Elysée, Henri Guaino toucherait près de 290.000€ annuels, dont plus de 130.000€ en tant que conseiller maître de la cour des comptes auxquels s’ajoutent près de 160.000€ au titre d’une « indemnité de sujétion particulière ». Chiffres confirmés depuis par Jean Launay qui précise qu’ils « figurent dans les informations fournies par l’Elysée« .

Interrogé hier sur France Inter à ce sujet, Henri Guaino manifestement embarrassé a refusé de confirmer ce montant, déclarant :

Je ne réponds pas du tout à ce genre de questions. J’ai un salaire qui est déclaré au fisc, qui est conforme aux règles de la fonction publique, je n’ai rien à rajouter là-dessus, je n’entrerai pas dans ce débat. Ou alors il faut afficher le salaire de tout le monde sur les murs de Paris comme on le faisait en Chine à certains moments. Je trouve qu’on tire le débat vers le bas, que tous les coups sont permis, que tous les moyens sont bons.

Tous les moyens sont bons pour quoi exactement? Pour refourguer au président des discours avec des citations de Jaurès en s’en mettant plein les poches au passage? Jusqu’à nouvel ordre Mr Guaino est payé grâce à nos impôts. Il est donc parfaitement normal que ses indemnités soient publiques. Je serais d’ailleurs particulièrement intéressé de savoir en quoi exactement consiste son action à la Cour des Comptes qui lui permet de toucher une montant aussi coquet…

Il est de fait qu’il ne fait pas dans la discrétion, contrairement à des prédécesseurs, se trouve être maintenant victime de cette surexposition médiatique, et je ne viendrais clairement pas le plaindre. De plus, cette attitude pour le moins scandaleuse est la meilleure façon d’alimenter une polémique dont le clan Sarkozy se serait bien passé, et lui-même y compris, qui déclarait quelques minutes avant cette fameuse question sur son salaire, la main sur le coeur : « il y a beaucoup de francais qui souffrent, qui sont dans la difficulté« . Eh oui Monsieur Guaino, les temps sont durs, mais manifestement pas pour tout le monde…

Henri Guaino voit dans la divulgation de son salaire « une espèce de transparence totalitaire, mesquine« . On sait que ce monsieur aime les mots et les beaux discours, c’est d’ailleurs ce qui lui permet de toucher ce genre de prime exorbitante. Mais pourquoi donc celui qui inspira à Nicolas Sarkozy sa passion pour la « transparence » et la « république irréprochable » n’appliquerait-il pas ces beaux mots à lui-même?

Pourquoi devrait-on considérer comme « totalitaire » le fait de connaître le salaire, encore un fois payé par nos impôts, d’un homme public? C’est le contraire qui serait totalitaire, la transparence et la clarté sont au contraire parfaitement souhaitables et indispensables en démocratie. Quant à la « mesquinerie » d’une telle révelation, elle fait clairement rire… Il est certain que devant de tels montants nos propres salaires font pâle figure, mais ce qui est mesquin à mes yeux, c’est de se contenter d’écarter la question posée et d’afficher un tel mépris pour le vulgum pecus qui n’a manifestement pas à savoir… Non mais franchement, nous sommes en République, mais il ne faudrait quand même pas que les citoyens posent trop de questions…

Si Mr Guaino estime son salaire parfaitement justifié, je ne vois pas pourquoi il ne nous l’expliquerait pas, alors que nous sommes ceux qui le font (bien) vivre. Il est facile d’user et abuser du mot « république » dans chacun des discours qu’on écrit : il est encore mieux de se comporter en digne représentant, même non élu, de cette République, au lieu d’adopter ce type de posture d’intouchable.

Il est à craindre que cette « affaire » contribue encore un peu plus à creuser le fossé qui sépare les français lambdas de ceux qui dirigent. Ceux-ci, dans les sphères politiques comme économiques, nous parlent sans arrêt de responsabilité, d’éthique, de bonne gouvernance, de valeurs, et nous demandent également de nous serrer la ceinture : gel des salaires, adaptation au marché du travail, flexibilité accrue, réduction des services publics et des remboursements de santé, etc etc… Ces sacrifices présentés comme indispensables ne pourront être acceptés par les citoyens que lorsque ces mêmes élites se comporteront comme telles et montreront l’exemple. C’est ce qu’on attend de nos gouvernants, et c’est bien le minimum qu’ils puissent nous offrir. Et malheureusement l’actualité récente ne va clairement pas en ce sens… Cf le scandale des sondages de l’Elysée, l’augmentation de 45% du salaire du pdg d’EDF suite à l’arrivée de Proglio, la hausse des effectifs de 15% dans les cabinets ministériels…

Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

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