Le choeur des femmes.

Décidément l’actualité de la semaine passée recèle quelques pépites fort intéressantes. Je ne peux résister plus longtemps à l’envie de vous exposer l’une d’elles, qui n’a pas eu l’insigne honneur de paraître en « une » de nos quotidiens nationaux, bien qu’ayant trait à une discrimination sexiste tout particulièrement odieuse.

Il est vrai que le coupable de ce crime affreux de lèse-modernité n’en est pas à son premier méfait dans ce domaine, et serait même particulièrement coutumier du fait, à en croire les spécialistes en la matière. Il s’avère en effet que dans les contrées où le coupable sévit, depuis plus de 2.000 ans, la Femme s’est vue systématiquement discriminée, dénigrée, rabaissée, rejetée, et si les lumières de la Raison et du Progrès lui ont permis de recouvrer dans la société la place et le respect qui lui sont dus, il reste encore chez le coupable des preuves évidentes d’un sexisme médiéval et d’une volonté délibérée d’asservissement de la Femme. Vous aurez bien évidemment reconnu dans ce coupable l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine. C’est fou, rien qu’avec le titre, on sent l’odeur du soufre des bûchers et du moisi des geôles obscures de l’Inquisition, on voit la femme suspecte de tous les maux et accusée de sorcellerie, on devine le joug machiste d’une institution qui vit en dehors de la modernité, puissance du verbe, magie de l’évocation!

Mais fort heureusement, il existe des organisations militantes, unanimement reconnues pour leur totale objectivité et soutenues dans leur combat par des médias vigilants, qui traquent sans relâche l’hydre de la Réaction qui se cache sournoisement derrière les surplis et l’encens, et qui frappe encore dans un monde pourtant libéré des chaînes de l’obscurantisme grâce aux efforts conjugués de Mai 68, de Vatican 2 et du libéralisme. Ces sentinelles de la discrimination veillent, et n’ont pas manqué de noter et de signaler le dangereux retour de l’Ordre Moral dans le diocèse de Bayonne.

L’affaire remonte à une décision prise en octobre par le nouveau curé de la paroisse Notre Dame de l’Assomption à Bayonne : le P. François de Mesmay fait savoir à la mére de deux jeunes filles qui assuraient le service de l’autel dans cette paroisse depuis 4 ans qu’il ne souhaite plus que les filles fassent partie de l’équipe des servants de messe. Raison invoquée : « Le mieux, actuellement, c’est de relancer la participation à la messe. Pour cela, nous proposons un rôle spécifique à chacun. Les filles ne sont pas interdites de service, mais pour ce qui est de l’autel, près de l’officiant, c’est dévolu aux garçons. C’est à cet endroit-là que se préparent les vocations ecclésiastiques dont l’Église a besoin« , déclare-t-il à Sud-Ouest.

Notre première sentinelle de la bonne catholicité moderne, Golias, ne peut s’empêcher de noter que l’affaire a lieu dans le diocèse d’un évêque à la « solide réputation de conservatisme » et à la « détermination restauratrice » (?), connu pour « sa défense de la liturgie ancienne mais aussi son intervention intempestive et choquante contre la Gay Pride à Biarritz« . Aïe, déjà ça commence mal, un évêque amateur de latin, et en plus qui ne fait pas de la pube pour la gay pride… Pour les curieux, lisez l’intervention de l’évêque (ici), vous pourrez juger qui est intempestif… Le curé au coeur de l’affaire lui, est également décrit comme « particulièrement tradi« , et avec un « style en rupture totale avec celui des prêtres précédents« . Difficile de savoir ce que cela signifie, mais on se doute que ce « style » n’est pas celui de Golias. Pire encore, Golias note qu' »à l’évidence, les acquis du Concile ne l’enthousiasment que fort modérément« . Bref, il est évidemment manifeste que nous ayons ici affaire à deux individus particulièrement dangereux et louches.

 L’avis est partagé par le désormais célèbre Comité de la Jupe, dont nous avons déjà parlé sur ce blog, et qui s’est spécialisé dans la lutte pour le droit des femmes dans l’Eglise. Le comité note l’existence d’un « mouvement de fond d’éviction des filles de choeur, et pas seulement à Bayonne« , et dénonce dans un communiqué de presse une « discrimination au profit exclusif des garçons« , et la restauration « d’inacceptables logiques de domination d’un sexe sur l’autre« . La cofondatrice du comité, Christine Pedotti, s’insurge : « La différenciation introduit la ségrégation. On drape de propos élevés sur la différence entre hommes et femmes des pratiques réellement discriminatoires. On éloigne les filles de l’autel car elles ne servent à rien à cet endroit : on en fait des chrétiennes de deuxième rang, en prétendant trouver des vocations ».

Ségrégation, discrimination, domination. Tous les prétextes sont bons pour pouvoir en rajouter une tartine. Cette litanie sempiternellement rabachée et radotée, cette posture systématiquement victimaire et revendicatrice n’a réellement aucun sens ni aucune utilité profonde. Le rêve de ces extrêmistes de la modernité? Un commentaire sur le site du Comité de la Jupe nous le dévoile : « le progrès, ce serait de calquer dans l’Église l’égalité entre hommes et femmes qui s’applique aujourd’hui dans les responsabilités familiales ou professionnelles ». L’Egalité, le Progrès, ou l’art d’agiter des grands mots pour masquer le vide profond de la pensée derrière l’agitation médiatique, mais également l’art de se tromper à la fois de problèmes et de priorités. L’égale dignité de tout homme devant Dieu est à la fois une évidence et une des révolutions apportée par le Christianisme. Ce qui n’empêche nullement de prévoir des rôles différents pour chacun. Quant à vouloir à toutes forces transposer dans l’Eglise ce qui se pratique dans la société, cela confine au ridicule.

Sur le fond de l’affaire, je ne suis pas personnellement opposé à la présence de jeunes filles au service de l’autel. L’Eglise ayant ouvert cette possibilité, je n’ai pas de légitimité à la contredire, et il me semble que tout ce qui peut permettre à des jeunes de se rapprocher du mystère de l’eucharisitie et de participer au service de la liturgie ne peut être qu’une bonne chose. Je note toutefois que la décision revient au final aux seuls prêtres qui ne peuvent se voir imposer une décision dans leur paroisse, et cela me paraît une excellente chose, chaque communauté et chaque prêtre ayant ses spécificités qu’il convient de respecter. Sur la forme, tout en respectant le choix fait par ce prêtre, on peut s’interroger sur la pertinence d’une décision qui peut être interprêtée comme une exclusion, même si ce n’est pas le cas puisqu’il y a de nombreuses formes de services et que tous ont leur noblesse.

Ceci étant dit, la disproportion des réactions et des commentaires pose question. La mère de famille en question, dont on peut a priori comprendre la peine pour ses enfants, est en l’occurence allée jusqu’à saisir la Halde, qui s’est fort heureusement déclarée incompétente via son correspondant local, estimant que la religion relève du domaines de l’intime. Encore une fois, revendiquer et réclamer me parait clairement être une attitude à la fois puérile et contreproductive. Je peux comprendre et admettre qu’on ne soit pas d’accord avec telle ou telle décision. La première chose à faire dans ce type de situation serait déjà d’en parler avec l’évêque qui gère le diocèse, plutôt que de s’adresser immédiatement aux médias ou à la Halde… La deuxième serait d’adopter une posture d’ouverture et de dialogue, plutôt que de parler (comme le fait cette personne) de « boycott » (boycott de quoi?). Quant on prône le respect, il serait bon de se poser les bonnes questions, histoire de poutre et de paille… La troisième chose tient dans une attitude de sincère humilité devant l’autorité : humilité qui ne signifie ni absence de question ou réflexion, ni obéissance aveugle et irréfléchie, mais plutôt ici respect de ceux qui ont la charge du troupeau, et qui y consacrent leur vie.

Allez l’Avent commence, le chemin est long jusqu’à Noël, il reste du temps pour progresser! Et la volonté de lutte contre les discriminations de certains trouveront amplement matière à s’exercer dans la charité chrétienne en une période où de nombreuses personnes connaissent les plus grandes difficultés alors que les grandes consommations de Noël commencent. Les Restos du Coeur lancent ce jour leur campagne d’Hiver, et dans cette association comme dans les autres, l’aide de chacun est la bienvenue.

Tout est question de priorités.

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2 Responses to Le choeur des femmes.

  1. Oscar dit :

    heureusement que le ridicule ne tue pas !
    Concernant le fond du problème, tu as raison de dire qu’on ne peut pas être opposé à ce que l’Eglise autorise. Toutefois, elle ne l’autorise qu’avec l’approbation de l’évêque, et ce n’est qu’une possibilité seconde. Autrement dit, la norme est bien que ce soit de jeunes garçons.
    Ce qui est très compréhensible d’ailleurs. Il arrive fréquemment que les garçons désertent les enfants de choeur quand les filles y sont admises aussi. Il y a tellement de choses qu’elles peuvent faire aussi bien et même mieux que les garçons !

  2. Laloose dit :

    Oui l’approbation de l’eveque est nécessaire, même si elle ne peut être contraignante pour le curé qui est seul juge.
    Maintenant sur ce cas précis on peut se demander si revenir sur un fait déjà établi et sortir ces deux jeunes filles du choeur était la meilleure option. Loin de moi l’idée de critiquer le prêtre en question, qui a du longuement réfléchir avant de prendre la décision, mais attention aussi à la notion de scandale!

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