Il est venu le temps des églises romanes…

Les cathédrales me parlent. Elles me parlent de l’Homme, et révèlent à la fois sa grandeur et son intelligence, la profondeur de son âme et son ingéniosité. Elles sont comme des ponts dressés vers ce qui nous dépasse, la marque tangible d’une foi autant qu’une action de grâce et une offrande à Dieu.

Amiens

En entrant dans une cathédrale, je me sens à la fois petit et grand. Petit devant cette immensité de pierre et de lumière, petit devant ce talent que tant d’anonymes ont consacré à la gloire divine, petit devant le temps qu’il aura fallu pour élever de tels merveilles. Mais grand, grand devant cette foi qui passe au delà des âges et qui nous rassemble avec les croyants d’autres siècles dans une même communion, grand par cette beauté aussi noble et fière que douce et humble, grand devant de tels chefs d’oeuvre qui manifestent la grandeur de l’Homme… Alors que l’on a trop souvent tendance à ne retenir ou souligner que les limites et les défauts du genre humain, à l’heure où l’éphémère et le jetable sont rois, leur grandiose présence au coeur de nos villes rassure et apaise, et constitue un véritable trait d’union avec ce que nous fûmes en d’autres temps.

cathedrale2

Pourtant, je dois avouer qu’à ces gigantesques vaisseaux de pierre gothiques, je préfère de très loin leurs homologues romanes. Oh certes, ces églises, abbatiales et autres chapelles ou collégiales sont plus discrètes, moins flamboyantes. Elles se laissent souvent chercher, elles ne brillent pas. Anonymes et modestes, elles témoignent à leur façon, d’une manière différente et complémentaire, des sentiments de l’Homme envers son créateur. C’est dans ces endroits que je ressens le plus de choses, dans cette simplicité que j’ai envie de me perdre, dans cet apaisement que j’entends ce qui me touche. Ces lieux appellent à la prière, prière intérieure, prière apaisée, prière solitaire, discrète. Ces lieux respirent la foi de nos lointains ancêtres : la foi du charbonnier, simple, rude, naïve et limitée sûrement, mais tellement forte, sincère et entière.

Difficile de décrire avec les mots les émotions qui peuvent jaillir dans ce type d’endroits, aussi laissez-moi vous présenter mes deux coups de coeur romans les plus récents. Le premier se situe au coeur du Périgord : en ballade dans la région avec ma femme, nous sommes tombés dessus complètement par hasard, comme par miracle, car il ne figurait sur aucun des guides que nous avions. C’est à Montferrand-du-Périgord, à un kilomètre à l’extérieur du village, au coeur d’un petit cimetière perdu entre la forêt et les champs. D’extérieur, rien ne transparait, une petite chapelle comme on en voit des centaines en France, en fait qu’on ne voit même plus…

chapelleDe prime abord, pas de quoi s’emballer… On se dit que des comme celle-ci on en a déjà vu des dizaines, qu’on a un planning un peu serré pour d’autres visites (planifiées, elles), et puis que la porte est sûrement fermée comme c’est de plus en plus souvent le cas… Mais on a des scrupules, l’amour des vieilles pierres prend le dessus et on se dit qu’on peut n’y jeter qu’un tout petit coup d’oeil… On ouvre la porte, et quel coup dans l’oeil!

chapelle2

Comparée à la taille du clocher, l’église est minuscule, à peine une dizaine de mètres de long et quatre de large, une architecture simplissime, mais couverte de fresques d’une telle beauté…

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Qui peut être assez fou pour voir en cette minuscule église un lieu digne d’être paré de la sorte?

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Comment comprendre cela, alors que nous vivons l’époque de l’utile, du jetable, du pratique, du vite fait, du préfabriqué, du démontable, du rentabilisable?

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Mon autre coup de coeur est plus récent puisqu’il remonte à une visite de Poitiers à l’occasion d’un concert de Bénabar début novembre. Il s’agit de la collégiale Notre Dame la Grande, en plein coeur du centre ville. Bien que cette église soit beaucoup moins discrète que la précédente question taille, en l’abordant de côté je n’avais remarqué que le magnifique clocher, sans pouvoir imaginer que le reste pouvait valoir son pesant de cacahuètes! C’est donc par acquis de conscience que nous avons fait le tour et sommes entrés. Je vous livre des photos extérieures et intérieurs glanées sur le net ou prises sur place, et je vous retrouve après.ND la grande

fresqueintérieur peint

coeur

Détail de la facade… Merveille de l’art Roman…

Détail facade

Adam et Eve, l’arbre… et l’expulsion du paradis…

Adam et eve 1Adam et eve 2

St Joseph semblant bien ennuyé d’avoir à assister au bain de Jésus… En même temps prendre un bain sans enlever l’auréole, franchement..

bain et st jospeh

Le baiser de paix (celui de derrière a un sacré cou!)… L’annonciation…

AbaiserAnnonciation

La facade du XIIème siècle est couverte de ces sculptures magnifiques, bestiaires et scènes qui racontent des passages de l’ancien et du nouveau testament. Je dois confesser une certaine passion pour ce type de sculptures, à la fois naïves et touchantes… Ce qui est vraiment fou, c’est que les artistes aient soigné à ce point des détails qui ne sont absolument pas visibles d’en bas. Perfection humainement inutile, mais amour du travail bien fait, et offrande à Dieu.

Mais même si cette facade est un authentique chef d’oeuvre, ce qui m’a le plus touché dans cette église fut à l’intérieur. Je n’ai pu malheureusement prendre de photo correcte avec le téléphone vu la faible luminosité due à une heure tardive et il est de toutes façons difficile de rendre une telle ambiance, mais en poussant la porte et en entrant, on est saisi immédiatement par l’atmosphère qui règne en un tel lieu, par une légère odeur d’encens, par cette sombre clarté qui tombe des rares ouvertures, par cette masse de pierre compacte et lourde… C’est ce que j’apprécie le plus dans ces édifices romans : contrairement aux structures gothiques légères et élancées, tendant vers le ciel, on se sent ici au contraire complètement ancré sur terre, en proximité avec le sol et la pierre, complètement Homme. C’est l’intériorité qui domine, la solitude face au créateur, la simplicité de l’Homme nu. C’est pur, c’est brut, c’est simple mais noble. Et j’aime ça!

Et dans le même temps j’entends régulièrement ces « gens du moyen-âge » décrits comme d’authentiques sous-hommes primaires et barbares. Il est étonnant de voir que de tels primates ont pu créer de telles splendeurs… Mystère de l’Histoire!

Bon dimanche!

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4 Responses to Il est venu le temps des églises romanes…

  1. Castafiore dit :

    Magnifique. Vraiment. La langue est belle, le verbe émouvant… J’en ai eu les larmes aux yeux!

  2. Laloose dit :

    héhé merci 🙂

  3. pelmer dit :

    « Il est étonnant de voir que de tels primates ont pu créer de telles splendeurs » : entièrement d’accord. On pourrait en dire autant de la musique et de la littérature de ce temps.
    Très beau texte, très juste.
    Merci !
    Et je n’oublie pas que ce jour est un grand jour…

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