Délinquance : baisse de la hausse de la hausse de la baisse.

HortefeuxBrice de Nice Beauvau avait, il faut bien le dire, fort mal débuté sa nouvelle mission au ministère de l’Intérieur : affaire du préfet Paul Girot de Langlade, polémique autour de propos jugés racistes, chiffres de la délinquance jugés mauvais en septembre, puis polémique suite à son idée de couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans, bref une rentrée difficile pour celui qui se verrait pourtant bien profiter de ce ministère à l’aura particulière pour se créer une véritable stature d’homme d’Etat et suivre ainsi l’exemple de son idole NS², Notre Seigneur Nicolas Sarkozy. Après de tels débuts, il convenait de se relancer politiquement et médiatiquement, et pour celà rien de tel que s’offrir une bonne grosse conférence de presse!

Ah la rupture, ça faisait longtemps qu’on en avait pas entendu parler… Mais là, paf, elle revient sur le devant de la scène puisque le ministre nous annonce, grandiloquent et ravi, une « rupture avec la tendance à la hausse de la délinquance« . Bigre, à première vue, on se dit que les chiffres, ces fameux chiffres qui servent désormais de seul étalon pour juger de la pertinence d’une politique, doivent être réellement bons pour justifier un tel enthousiasme et la convocation en fanfare de dizaines de journalistes.

Qu’en est-il exactement de ces chiffres publiés par l’Observatoire National de la Délinquance? Il apparaît que pour le mois d’octobre, les services de police et de gendarmerie ont constaté une diminution de la délinquance générale de 6% comparé à octobre 2008. Voilà donc ce qui permet au ministre d’affirmer tranquillement que « la tendance à la hausse que connaissait la délinquance au printemps et à l’été a non seulement été cassée en septembre, mais aussi, je vous l’annonce, a été nettement inversée en octobre. Nous revenons à la tendance à la baisse de la délinquance entamée il y a sept ans« . Je trouve particulièrement étonnant qu’un ministre puisse se gargariser ainsi d’un résultat mensuel pour en tirer des conséquences à la fois hâtives et naîves sur une tendance générale. L’OND est quant à lui beaucoup plus prudent puisqu’il note seulement une « fin d’un cycle d’accentuation de la hausse« , terminologie assez subtile pour finalement dire que globalement la situation continue à s’aggraver, mais moins que précédemment… Et encore cette tendance présentée comme positive ne concerne-t-elle que les violences physiques, puisque la très faible baisse des atteintes aux biens en octobre est analysée par l’OND comme confirmant « la fin d’un cycle de ralentissement après une période de baisse continue de plus de six ans et demi » . Bref pas de quoi pavoiser, loin de là…

On ne redira jamais assez à quel point cette religion du chiffre est dangereuse et simpliste. Tout d’abord parce que ces chiffres sont complexes à la fois dans leur mode de calcul et dans les périmètres concernés. On parle de délinquance générale, mais derrière on retrouve les violences physiques (crapuleuses ou non), la délinquance de proximité, les atteintes aux biens, escroqueries, infractions économiques et financières,  violences sexuelles etc… Chaque type de délinquance ayant ses évolutions propres, il parait assez limité et réducteur de dresser un portrait de la délinquance en général. Ensuite parce qu’elle condamne les forces de l’ordre sur le terrain à une obsession du chiffre quantitatif plus qu’à des résultats qualitatifs, comme l’avait bien analysé le Chafouin. Et enfin parce qu’il est proprement inutile, pour ne pas dire intellectuellement suspect, de considérer des chiffres sur une période aussi courte pour en tirer des enseignements sur une quelconque tendance représentative.

Enfin après l’identité nationale, la tranquillité nationale. C’est en tout cas l’objectif que se fixe Brice Hortefeux : « Mon objectif est aussi clair que simple: garantir une vie paisible et tranquille à tous les honnêtes gens dans nos villes, dans nos quartiers et dans nos campagnes. C’est cela la tranquillité nationale« .

Eh bien déjà s’il perdait moins de temps à triturer les chiffres dans tous les sens pour leur faire dire ce qu’il veut, préparer et organiser des conférences de presses pour ne rien nous apprendre, et réagir à chaque fait d’actualité en live sans prendre le moindre recul, ça lui donnerait pas mal de temps supplémentaire  à consacrer aux vrais sujets, et puis ça nous libérerait du temps de cerveau disponible… C’est aussi ça la tranquillité nationale monsieur Hortefeux…

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2 Responses to Délinquance : baisse de la hausse de la hausse de la baisse.

  1. Castafiore dit :

    Et baaaaaam! 😉

    J’avoue que c’est franchement malhonnête comme comportement. Il se doute pourtant que tout le monde ne va pas gober ça quand même?
    Crois-tu vraiment qu’il attendait de cette conférence le moyen de redorer son blason?

  2. Laloose dit :

    Peut-être, certaines fois les politiques semblent si naifs…

    Au moins il aura fait parler de lui. Et en ce moment à droite, avec la cacophonie généralisée, parvenir à se faire entendre c’est pas si mal 😉

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