Briser les murs!

TheWallCes jours d’orgasme collectif autour de la chute du mur de Berlin (dont je ne nie pas l’importance ou l’intérêt mais dont l’anniversaire ultramédiatisé commence à me chauffer sérieusement les oreilles), me donnent envie de partager avec vous ces quelques réflexions personnelles. Vous me direz que tout le monde s’en fiche et que vous ne voyez pas trop le rapport entre l’image à gauche et le sujet du billet et vous n’aurez probablement pas totalement tort, mais c’est mon blog alors je me fais plaisir…

J’ai eu envie d’intituler ce modeste billet « briser les murs » car dans une époque qui se targue d’être celle qui abolit les frontières, qui permet une connexion maximale et totale entre les différents peuples et cultures, et qui peut apporter le bonheur pur et parfait à tous ceux qui y souscrivent, grâce à la mondialisation, à Internet et plus largement à tous les moyens de communications dits modernes, j’ai le sentiment que les murs n’ont jamais été si nombreux et que ceux qui veulent en pratique les faire tomber ne suscitent que la méfiance…

Prenez l’exemple de Benoit XVI. Après des années de séparation mentale et physique entre la majeure partie des catholiques et une minorité schismatique ayant rejeté le concile vatican II (ou du moins son esprit et certaines de ses applications), il relance concrètement et honnêtement le dialogue et effectue de nombreux gestes concrets pour parvenir à la réconciliation, mais ne recueille en retour que la méfiance, méfiance des premiers intéressés et de leur hiérarchie (du moins publiquement), d’une grande partie de son troupeau fidèle, et naturellement de la bande d’incultes décérébrés qui sévissent  dans la plupart des grands médias. Je n’ai personnellement pas d’a priori favorable envers les « traditionnalistes », mais je considère que la désunion parmi les fidèles du Christ est particulièrement scandaleuse : « voyez comme ils s’aiment », voilà ce qu’on devrait entendre au sujet des chrétiens, et pas autre chose…

Sur le plan religieux plus largement, la laïcité telle qu’elle est pratiquée et revendiquée de nos jours, au lieu d’être facteur d’union d’une société malgré les différences culturelles et religieuses, tend de plus en plus à vouloir totalement exclure de l’espace public tout signe visible, tout marqueur d’une foi ou de l’appartenance à une église. Et génère de fait une aculturation, qui non content de dresser des murs entre le passé et le présent en nous coupant de plus en plus de tout ce qui fait lien avec les traditions qui fondent une partie de notre culture, nous prive également d’occasions de nous intéresser et de comprendre les différences entre les communautés, et finit ainsi par établir des murs d’incompréhension, qui peuvent dériver en mépris, communautarisme et repli sur soi…

Cette fragmentation de nos sociétés se fait également de façon horizontale : les récentes affaires Polanski et Mitterrand semblent montrer une ligne de fracture grandissante entre un « peuple » et des « élites » sur le plan de la moralité. Ligne de fracture qu’on a pu retrouver également sur un plan plus économique, entre une minorité confortablement protégée par les bonus, primes, parachutes dorés, retraites chapeaux, bouclier fiscal, cumuls de mandats ou autres jetons de conseils d’administration, et une large majorité de personnes subissant de plein fouet les effets de la crise, contraints en permanence à s’adapter à un monde qui les rend de plus en plus pauvres et isolés, et persuadés à juste titre que leurs enfants vivront des situations encore pire que les leurs.

Les évolutions de la société, la précarisation du travail et la crise du modèle familial entretiennent et renforcent le sentiment de solitude et d’exclusion chez une partie grandissante de nos concitoyens : travailleurs pauvres, personnes engluées dans les minima sociaux, divorcé(e)s, mères isolées, personnes âgées… Dans un tel contexte de crise sociale gravissime, il est assez hallucinant de constater qu’on continue à fragiliser la famille, qu’on continue à penser qu’il faut encore plus de flexibilité, de dérèglementation, de libéralisation, sans se rendre compte qu’en supprimant les cadres de base sous prétexte de favoriser les libertés individuelles on ne parvient qu’à détruire tout lien social et toute notion de bien commun et de responsabilité collective, pour aboutir à un monde déshumanisé, individualiste et court-termiste. 

Allez, demain ça ira mieux. Et puis maintenant on va pouvoir travailler le dimanche et tous se retrouver au centre commercial, ça c’est du progrès social…

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