Jour de brocante!

Aujourd’hui, jour du seigneur certes, mais aussi jour de brocante! 🙂

La météo de ce dimanche promettait d’être au mieux aléatoire, et au pire douloureusement pluvieuse, aussi je m’attendais au pire pour notre première brocante familiale dans ce petit bled du Loir et Cher, entre Loire et Cisse, où nous habitons. Des brocantes nous en avions déjà faites quelques unes mais uniquement comme « visiteurs », et je dois avouer qu’au bout de 2 heures de foule, 4.564 bouquins, 230 vieux pots de yahourts, 98 fers à repasser anno 1903 et 8 grosses barriques d’origine (origine de quoi?), j’en avais un peu ma claque, aussi cette première expérience sous l’angle redoutablement nouveau d' »exposant », garantissant certes un apéro gratuit mais imposant une présence sur toute la journée au même endroit, me laissait craindre quelques désagréments…

Je tiens à dissiper les craintes que je ressens nombreuses au sein de mon public chéri : mesdames, mesdemoiselles, messieurs, rassurez-vous il n’en fut rien! Météo plus que clémente, soleil chaleureux,  foule sympathique, recette aussi fructueuse qu’inespérée, et surtout beaucoup beaucoup moins de choses au retour qu’à l’arrivée! C’est quand même le but ultime de tout brocanteur amateur, aussi je tiens à souligner ce dernier point.

A dire vrai, la brocante vue d’un emplacement fixe est une expérience assez enrichissante et instructive. D’une part parce qu’on est parfaitement à même de discerner les différences de populations en fonction des horaires et ainsi visualiser la brocante sous un angle sociologique, d’autre part parce c’est toujours intéressant dans se plonger dans le « vrai » monde, surtout à la campagne et surtout pas celui de TF1, et enfin parce qu’on peut en retirer plein de leçons et de petits bonheurs…

Sociologie d’abord. C’est marrant, mais j’étais loin de m’imaginer qu’à chaque horaire correspondait une tranche de population bien définie, le tout parfaitement orchestré par une main invisible! D’abord, tôt le matin, les spécialistes, les afficionados de la brocante, les petits malins qui arrivent avant tout le monde pour dénicher les meilleures affaires et les perles rares. Vous les reconnaîtrez facilement : armés d’une lampe de poche (naïf, j’avais complètement zappé le fait qu’à 6h30 du matin en octobre, il fait nuit…), ce qui les distingue tout de suite des touristes-brocanteurs arrivés à cette heure par on ne sait quelle raison, ils filent comme le vent et voyagent léger, à peine équipés d’un petit sac à dos. Ils foncent, jaugeant d’un petit coup d’oeil d’expert votre misérable stand d’amateur, puis passent leur chemin. En une demi-heure, ils ont fait leur tour, et filent sur une autre brocante… Juste après, ce sont les personnes âgées qui débarquent : levés tôt (« pas comme ces petits jeunes qui ne savent faire que dormir »), ils flânent sans trop acheter. Leur passion, c’est chercher, fouiller, fouiner à la recherche d’on ne sait quoi. Peut-être qu’ils ne le savent pas non plus. Suivent deux populations qui ne se mélangent guère, d’abord les « gens issus de l’immigration », baragouinant des ouahad-jouj-kleta-arba-rhamsa (12345, après je ne sais plus compter), négociant sévère pour acheter toujours les mêmes types d’objets : hifi & ustensiles de cuisine (avec une prédilection pour les casseroles), bref assez marrant, puis les « gens du voyage », surtout des femmes et leurs enfants d’ailleurs, peu d’hommes, recherchant à peu près les mêmes choses que les précédents et parlant entre eux dans un langage encore moins compréhensible. Rigolo de voir un gamin de 10 ans négocier le prix d’un poste CD de voiture d’un air parfaitement sérieux et digne, comme un grand… Une fois ces quatre « groupes » bien spécifiques passés à tour de rôle, suit à partir de 11h-midi un grand mélange  de population, qui s’étale doucettement jusqu’à la fin de la brocante, où l’on retrouve au final les « gangs » des personnes âgées et des « personnes issues de l’immigration », tous deux venus chercher les dernières promotions. 

Le vrai monde! Il y a de tout, durant la majeure partie de la journée tout le monde est mélangé, on y entend l’accent de la campagne, les accents du Maghreb, le portugais, le gitan, le parisien et celui du sud… On y entend un gars s’exclamer devant une batte de baseball, sans honte aucune, « celle-ci elle me servira à botter le cul des bougnoules » (sic), on y voit des gens (des femmes surtout) négocier une casserole ou un verre à 10 centimes près, on y voit des gens se refermer dès qu’on leur adresse la parole, d’autres au contraire, surtout parmi les plus âgés, semblant prendre un plaisir énorme à échanger ne serait-ce qu’un sourire, on y voit des parents donner une belle taloche à leur bambin capricieux sans craindre un procès de la Ligue des Droits de l’Homme, on y discute pendant de longues minutes avec un parfait inconnu qui vous parle de son pays natal dans lequel vous avez vécu, on y échange des éclats de rires et des conseils avec des voisins exposants, on y voit des gens âgés seuls, si seuls, on y croise des malpolis de la pire espèce comme des gens réellement délicieux, on y tente sans crainte quelques plaisanteries amicales avec des papy-mamy malicieux comme avec des gens ayant l’air des plus sérieux voire coincés mais qui n’attendent que ça pour rigoler, on compte avec fièvre les centimes qui s’accumulent dans la cagnotte, on y prend l’apéro avec la famille ou les amis sur une chaise de camping dans la rue, profitant du soleil et d’une magnifique journée d’octobre…

Et plein de choses à apprendre ou réapprendre… Tu travailleras à la sueur de ton front, c’est écrit, et gagner de l’argent de cette façon, en se levant à 6h et restant debout sans s’arrêter jusqu’à 19h, ça permet de se le rappeler. Ce n’est pas particulièrement difficile, mais c’est long et usant, et s’escrimer à récoler des clopinettes pour ensuite aller acheter une bouteille de jus d’orange à la supérette du village qui vous revient à deux heures de ventes, eh bien je vous assure que ça calme méchamment… C’est là qu’on voit toute la différence entre gagner des sous au jour le jour, et toucher un salaire confortable à la fin du mois… C’est en voyant des petites dames concentrées négocier des centimes pour une casserole (décidément ça m’a marqué!)  ou un t-shirt, ou encore refuser par manque de moyens une babiole  à leur enfant déçu qu’on se rend un peu mieux compte de la situation financière précaire de bon nombre de personnes… C’est aussi en discutant avec les passants ou clients que vous apprenez incidemment que certains, qui ont le même âge que vous, habitent toujours dans la ZUP où ils sont nés, et n’ont jamais vu d’autres choses, ne sont jamais partis en voyage, alors que vous vous plaigniez la veille de ne pas pouvoir vous faire un petit w.e en Croatie, Italie ou Portugal. C’est également en discutant avec les mêmes que vous vous rendez compte qu’ils sont encore en relation avec tous leurs copains de CE2, alors que vous-mêmes ne vous rappelez même pas des prénoms de vos codisciples de la même classe… Mais ce genre d’évènement, c’est aussi l’occasion de croiser des gens travaillant dans la même entreprise que vous, à qui vous n’avez d’habitude pas grand’chose de plus à dire au boulot qu’un banal « bonjour! » suivi d’un petit signe de tête, et avec qui vous aurez un sujet de discussion facile à entamer demain, qui sera peut-être un prélude à des échanges plus intéressants. C’est l’occasion de voir le Maire, discuter un bout avec les pompiers volontaires, serrer la main d’amis de la cousine du beau-frère de l’oncle, faire un petit clin d’oeil à une gamine qui apeurée ira se jeter dans les jupes de sa mère, puis adressera un sourire un peu timide en sortant de sa cachette, présenter sa petite princesse de 7 mois à une collègue ravie qui s’écrie  « oulalah elle est trop belle », aller proposer un ptit apéro à des amis imprévoyants, et partager tout ça en famille… Bref l’occasion de plein de choses vraiment cool…

Un bon dimanche. Et une belle brocante. On referait bien celle de l’année prochaine tiens…

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5 Responses to Jour de brocante!

  1. Oscar dit :

    Belle plume ! Ou plutôt, beau clavier 😉 Un régal !

  2. Laloose dit :

    c’est gentil 🙂

  3. Héroïne dit :

    Je me suis régalée, merci à toi!! allez hop un copier-coller pour garder cette trace dans mes archives 😉 on le relira dans 10ans 🙂

    Par amour du titillement:
    « ou encore refuser par manque de moyens une babiole à leur enfant déçu qu’on se rend un peu mieux compte de la situation financière précaire de bon nombre de personnes… »
    J’ai un autre point de vue sur ce sujet, surment bien trop naïf, mais la dame refusant le jouet à son enfant, veut peut-être éviter d’entasser les babioles et faire une nouvelle broquante 😀 mouhaha

  4. Laloose dit :

    😉

    tu es trop naïve 🙂

  5. DOC dit :

    J’aime les petits bonheurs d’octobre,le passant qui devient le prochain …A quand la parution d’une chronique des 4 saisons, entre Cisse et Loire ?

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