Vive la démocratie!

Democratie

Et bah oui, vive la démocratie, le peuple souverain tout ça quoi…

Démocratie, un terme qui devient de plus en plus creux et vide de sens, au fur et à mesure que l’écart entre le peuple et les « élites » se creuse, que monte ce sentiment qu’on nous prend vraiment pour des abrutis… Qu’on dise clairement les choses, ça aura le mérite de l’honnêteté :  nous vivons dans une artistocratie, sauf que ce « pouvoir des meilleurs » se soumet de temps à autres à l’élection, où certains « meilleurs » sont parfois remplacés par d’autres. Le peuple est content, il s’imagine qu’il a le pouvoir : en réalité il n’a que le pouvoir de voter pour des gens qui parlent de sujets dont l’énorme majorité de la population ne comprend pas la moindre miette. En ce sens, la démocratie appliquée ailleurs que sur un plan local et sur un périmètre restreint (style suffrage censitaire) paraît quelque peu problématique : comment voter pour un programme ou des idées de gouvernement forcément complexes alors que la plupart des gens (dont je fais partie) n’ont pas la formation adéquate pour comprendre ne serait-ce que ses prémisses? Sujet complexe. Mais à partir du moment où l’on prétend vivre en démocratie, alors la moindre des choses est de respecter le peuple et son opinion quand on la lui demande. Question de cohérence. Et d’honnêteté. Vertus hélas guère en vogue au sein de la classe politique…

Il faut pourtant avouer que certaines fois le « peuple » mérite qu’on le traite comme un crétin. Elire à la mairie de Corbeil-Essonnes un homme de paille de Serge Dassault, qui a eu l’honnêteté ou l’outrecuidance d’annoncer clairement avant le vote que s’il gagnait c’était en réalité Serge Dassaut qui dirigerait tout en sous-main, et ceci alors même que ledit Serge avait vu sa propre élection invalidée pour cause de distribution d’enveloppes pleines de billets à des électeurs, franchement il fallait le faire… Et ils l’ont fait! Dans le même style, les réelections de truands notoires comme Balkany ou Tibéri laissent à penser que la majorité des votants sont au mieux amnésiques, au pire abrutis.

Cette démocratie, on la cherche, on la cherche et on ne la trouve pas dans le (re)vote irlandais pour l’approbation de la ratification du traité de Lisbonne. Les Irlandais sont des rebelles : déjà en 2001, ils avaient rejeté le traité de Nice, vous savez celui qu’on nous présente maintenant comme l’affreux jojo dont il faut absolument se débarrasser. On se demande bien pourquoi on l’avait à l’époque adopté, mais enfin il doit y avoir des subtilités qui nous échappent à nous, pauvres manants. Bref ils l’avaient rejeté, mais l’année d’après, on les fait revoter, ben oui les abrutis n’avaient pas donné la bonne réponse la première fois. Au moins ils savaient à quoi s’en tenir, et ça n’a pas loupé pour le traité de Lisbonne. Rejeté à 53,4% en 2008, il vient d’être re »proposé » au vote irlandais, et cette fois-ci accepté. Manquerait plus qu’ils aient refusé tiens… Pour la peine, on les aurait sûrement dissous…

Pour la prochaine fois, histoire de faire gagner du temps à tout le monde et d’éviter de donner l’impression aux électeurs qu’on se fout royalement de ce qu’ils pensent, on peut suggérer aux gouvernants irlandais de ne proposer qu’un seul bulletin de vote lors du scrutin. Evidemment ça cassera le mythe d’une europe plébicitée par le peuple européen (mythe qui a de toutes façons fait son temps, ça se saurait si le peuple était représenté à Bruxelles…), évidemment ça fera un peu désordre, mais ça aura au moins le mérite de la transparence.

En tous cas, cette « victoire » du oui semble ravir les partisans de l’europe à tout prix. Et certains manifestent une joie empreinte de subtilité et de délicatesse, tel l’Hérétique qui titre « Irlande, dans la g…. des nonistes ! » et termine son billet par une conclusion qui montre son profond respect pour ses adversaires politiques : « c’est avec délectation que j’écris ce billet en songeant aux faces blafardes et ulcérées des nonistes qui vont le lire…« . Vive la démocratie!

Je respecte le vote des irlandais, même si je le regrette. Je ne respecte en revanche clairement pas ceux qui se moquent du monde en faisant revoter jusqu’à ce que « oui » s’ensuive, montrant ainsi tout leur mépris pour un peuple qu’ils affectent pourtant de servir. « C’est un bon jour pour l’Irlande, un bon jour pour l’Europe » déclare à l’issue du vote le premier ministre irlandais. Peut-être. Mais clairement pas pour la démocratie.

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3 Responses to Vive la démocratie!

  1. L'hérétique dit :

    Bon, pas d’humour ! Évidemment que je respecte ceux qui votent non. Mais bon, c’était trop tentant…
    Ensuite, j’aimerais que l’on m’explique en quoi un second vote populaire est moins légitime que le premier ?
    Contrairement à vous, je pense que c’est un grand jour pour l’Europe et la démocratie : l’Irlande a compris, avec la crise, le sens du mot « solidarité », même si c’est bon gré mal gré…

  2. AncillaDomini dit :

    « Ensuite, j’aimerais que l’on m’explique en quoi un second vote populaire est moins légitime que le premier ? »

    Je crois que c’est surtout la vision de l’UE qui est différente, dans cette histoire de « démocratie/pas démocratie ».

    Pour les partisans du « oui », la marche tous ensemble dans l’UE est une évidence. De ce point de vue, respecter la démocratie, c’est laisser aux peuples le temps de dire « oui », les laisser s’approprier à leur rythme la construction européenne à venir.
    Pour les partisans du « non », c’est l’idée même que l’adhésion de leur pays au processus de construction de l’UE soit considéré D’AVANCE comme acquis à plus ou moins long terme qui est jugé antidémocratique.
    Pour un « noniste », on devrait pouvoir dire un « non » définitif, alors que pour un « européiste », le « non » n’est qu’une étape provisoire avant le « oui » (qui lui sera définitof).

    Voyez-vous la nuance ?

  3. Laloose dit :

    Ancilla je cherchais les mots, vous les avez trouvés. Merci 🙂

    Je ne suis pas opposé à la construction européenne loin de là. Mais je ne suis pas prêt à tout pour y parvenir, au nom du sens de l’Histoire ou du Progrès. Le traité peut être bon, mais le faire adopter au mépris du peuple, non.

    Reconnaissons au moins que les édiles irlandais ont eu le courage d’affronter un nouveau referundum plutôt que de passer par la voie parlementaire.

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