Tourner 7 fois sa langue dans sa bouche…

buzzCréer le buzz. Alimenter les revues de presse. Réagir sur tous les sujets. Occuper l’espace. Se faire entendre. Se faire citer. Etre présent en permanence. Faire parler de soi quoiqu’il en coûte. Si nécessaire en racontant n’importe quoi, sur n’importe quel sujet. Là n’est pas le plus important.

Voilà ce qui semble être la principale activité d’un nombre croissant d’hommes politiques, imitant notamment le premier d’entre eux, Nicolas Sarkozy. On connaissait depuis longtemps Frédéric Lefebvre, le surnommé porte-flingue de l’Elysée, l’homme qui ne rate aucune occasion de se ridiculiser. La dernière fois, c’était au moment de l’ « affaire » Polanski, où il montra l’étendue dramatique de son ignorance et de sa capacité à raconter n’importe quoi rien que pour le plaisir de parler.

Malheureusement, le même Lefebvre a récidivé jeudi matin, cette fois-ci au sujet du meurtre très médiatisé d’un joggeuse dans l’Essonne, dont un homme déjà condamné pour viol a reconnu être l’auteur.  « Ne doit-on pas enfin décider la mise en oeuvre de la castration chimique pour ce type d’individu?« , écrit-il en jugeant nécessaire de « tirer les conséquences immédiates en termes de responsabilité et de modification de la loi« . Et hop la voilà lancée la petite banderille matinale avec un sujet choc, la castration chimique, paf!

Le même jour, le président Sarkozy recevait la famille de la victime à l’Elysée. Bon, personnellement ça ne me dérange pas sur le principe, mais d’une part je doute fort que les condoléances d’un président de la république aient plus d’effet que celles de la voisine Mme Michu, et d’autre part je dois avouer que ce genre de posture de récupération politique a tendance à m’agaçer… D’autant que Sarkozy, surfant décidément sur un thème qui lui est cher (un des seuls probablement sur lesquels il puisse encore faire le malin en truquant les chiffres), celui de l’insécurité, a le même jour demandé à son ministre de l’Intérieur et cher ami Hortefeux d’étudier les moyens de renforcer la surveillance des condamnés qui ont purgé  leur peine pour réduire les risques de récidive, « au besoin par une modification de notre législation« , et a réclamé une « véritable réforme de la psychiatrie criminelle pour une approche rénovée prenant en compte les avancées constatées dans les pays les plus efficaces en matière de suivi des criminels sexuels« . Paf! Mieux encore, l’ami Hortefeux a une semaine pour faire des propositions, puisqu’il devra les présenter au président la semaine prochaine. En une semaine, ça promet un résultat des plus pertinents…

Dans la foulée évidemment tout le petit monde politique se lâche, et ceci toujours dans la journée de jeudi. Brice l’auvergnat estime « parfaitement inacceptable que ce criminel sexuel ait  été remis en liberté« , Michelle Alliot-Marie (qu’on a connue plus inspirée) en appelle elle aussi au « renforcement de la castration chimique« , Ségolène Désirs d’avenir (lequel? le sien?) s’est émue de l’affaire, « c’est effroyable ce qui se passe« , jugeant à propos de la fameuse castration que « tout ce qui va dans le sens d’empêcher les prédateurs sexuels de récidiver doit être proposé« , et enfin Marine Le Pen a réclamé quant à elle, on n’est plus à ça près me direz-vous, la « peine capitale ou la perpétuité réelle » pour les criminels sexuels.

Je rappelle juste à ces brillants politiciens que le suspect est toujours présumé innocent puisqu’il n’a pas été jugé, que ses aveux remontent à mercredi soir et portent uniquement sur le meurtre, qu’il n’a donné aucune explication à son geste, que pour le moment il n’est mis en examen « que » pour enlèvement et séquestration, qu’au moment où tous ces beaux esprits (ou beaux parleurs) s’exprimaient la police scientifique venait à peine d’arriver sur les lieux, et que last but not least, on ignore encore si la victime a subi des violences sexuelles et si le meurtrier  présumé a agi avec préméditation.

Bref ça fait quand même encore de sacrées interrogations ou zones d’ombres, qui auraient du inciter ceux qui nous gouvernent ou prétendent nous gouverner un jour à un peu plus de retenue dans leurs propos, surtout au sujet de « crimes sexuels » alors que celui-ci n’en est encore pas (officiellement du moins) un. Après les mêmes vont s’étonner que personne ne croit plus à ce qu’ils racontent, qu’il y a une « crise de confiance » dans la démocratie de notre pays, que la politique n’intéresse plus les francais blablabla.

Ils s’étonnent, les naïfs. Feraient mieux de moins parler et de plus agir, ça nous changerait, et ça nous reposerait les oreilles…

Monde de fous je te dis…

EDIT : à lire également sur le sujet le billet d’Authueil.

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