Clearstream : tout sauf « clear »!

ClearstreamJe n’ai rien compris à l’affaire Clearstream. Autant vous le dire tout de suite, comme ça au moins c’est fait. J’aurais peut-être pu vous la jouer « ouiii je vais vous raconter toute l’histoire, un truc de fou où vous allez tout comprendre d’un coup d’un seul, et où après je vous délivrerai une analyse exceptionnelle et exclusive de la situation, qui fera basculer le procès », mais bon certaines fois il faut savoir se la jouer modeste, et surtout réaliste. Et puis de toutes façons vous l’auriez bien su un jour ou l’autre alors…

Clearstream. Faut avouer que c’est bien trouvé, ça fait un peu nom de code, le genre un peu mystérieux qui annonce un truc d’agent secret qu’on ne voit que dans les films. Mais en fait, le peu que j’ai pu lire sur le sujet me donne à penser que ça ressemble plus à un mauvais film de série B, du style de celui qui passe en deuxième partie de soirée au mois d’août, du style barbouzes sur Rainbow Warrior… Il faut dire que les acteurs de ce mauvais polar n’ont pas des noms qui sonnent comme dans James Bond. On attendrait du Docteur No ou du Blofeld, du Le Chiffre ou du Scaramanga, on n’a droit qu’à du Gergorin, du Rondot, du Bertrand et du Lahoud, et c’est quand même nettement moins sexy… A la limite, les seules têtes d’affiche intéressantes sont les politicards impliqués, et notamment les deux presque seules dont parlent les médias, soit Villepin & Sarkozy, le « Néron » contre le « Félon », deux hommes de pouvoir que rien ne semble rapprocher.

D’un coté donc, Dominique Galouzeau de Villepin, l’aristocrate faux noble, le chevalier Bayard héros de l’ONU, l’homme racé à la crinière flamboyante, le playboy au teint bronzé et au verbe napoléonien, le technocrate jamais élu qui parle de la France avec un grand « f » mais dont j’ai du mal à réaliser l’oeuvre politique, celui qui fut capable à la fois de briller lors de l’opposition à la guerre en Irak mais aussi de pousser Chirac à la dissolution. Et qui n’est aujourd’hui plus rien, sauf peut-être le seul opposant à Sarkozy au sein de l’UMP.

De l’autre coté son adversaire le plus coriace, le Président Nicolas Sarkozy himself, le fils d’immigré hongrois, petit et nerveux,  préférant le coca à un grand cru classé et un bon « casse-toi pauvre con » à un vers de Rimbaud, bête politique capable de se remettre complètement en selle après sa traversée du désert post-balladurienne, celui qui fascine par sa ténacité et sa gouaille autant qu’il horripile par son bling bling style et son côté beauf, ceui qui peut susciter une certaine pitié par son besoin de réussir, d’être reconnu mais qui ne peut pas laisser indifférent. Et qui est aujourd’hui au faîte du pouvoir, là où il a toujours rêvé d’être.

Ces deux-là ont longtemps joué au chat et à la souris, au « je t’aime moi non plus »: aussi différents qu’ils soient l’un de l’autre, et on peut difficilement imaginer plus différents, ils se fascinent mutuellement, et auront tout été l’un pour l’autre : alliés de circonstance, complices réels ou supposés, concurrents officiels et officieux, ennemis jurés… Au delà des polémiques suscitées par la façon dont semble s’être déroulée l’instruction de cette affaire et par le procès qui commence, celui-ci paraît bien être, comme le rappelle Luc Rosenzweig sur Causeur « l’aboutissement judiciaire du combat sans merci que Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy se sont livrés en 2004-2005 pour la prise de contrôle de l’UMP, clé de la présidentielle de 2007 ».

La Justice importe finalement peu. Pour les médias, seul compte le spectacle et l’odeur du sang. Pour les politiques de droite, l’essentiel sera d’éviter que ce procès ne nuise à l’image du président et de leur camp tout entier. Ceux de gauche se saisiront du prétexte pour taper une fois de plus sur Sarkozy. Mais les deux protagonistes aux profils si peu semblables, l’homme au pouvoir contre l’homme seul, ces deux-là attendent l’affrontement final par juges interposés, l’un pour éxécuter, l’autre pour survivre. Le public, la plèbe, les citoyens, quant à eux, s’en foutent a priori royalement. Pauvre Justice… 

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2 Responses to Clearstream : tout sauf « clear »!

  1. […] A la vie, à la mort. Le procès de l’affaire Clearstream, qui met au prise le président de la République à un ancien premier ministre, a débuté hier dans une ambiance déjà très chaude, puisque Dominique de Villepin a fait déjà très fort, en accusant Nicolas Sarkozy “d’acharnement” à son encontre devant les caméras. L’épilogue d’un combat sans merci entre les deux hommes, dans lequel on se demande toujours qui tient le rôle du “gentil” et du “méchant”.Avec Clearstream, n’essayons pas de raisonner trop loin, ou de tenter de démêler les fils de l’implication de chacun des acteurs. C’est bien simple : on n’en a pas les moyens. Ce n’est pas un hasard si le tribunal correctionnel de Paris mettra un mois à examiner cet imbroglio politico-espionno-fiancier. De mon côté, j’ai bien tenté de comprendre, à diverses occasions, en achetant des hebdomadaires “spécial Clearstream”, mais rien n’y a fait : aussitôt lu, aussitôt oublié. Dans ce dossier, le plaisir d’avoir compris a toujours été fugace… […]

  2. doc dit :

    au prise ?

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