IVG : on peut en parler?

Difficile et spécialement délicat d’écrire sur ce sujet, LE sujet sensible par excellence. Sensible car il touche à l’intime, nécessite une certaine pudeur, et concerne des situations très diverses dont certaines sont dramatiques, dans l’avant comme dans l’après. Sensible car personne ne peut y être indifférent. Sensible également parce qu’en tant qu’homme, il apparaît plus difficile que pour une femme de se faire ne serait-ce qu’une idée de ce que cela peut représenter, et de ce fait plus difficile d’en parler. Sensible encore par la difficulté à évoquer ce sujet en trouvant les mots justes, et en ne condamnant pas.

Sensible enfin parce que parler de l’avortement en France sans en faire la promotion reste un crime de lèse-modernité. Le type même de crime qu’on ne vous pardonne pas, et qui vous range d’emblée dans la catégorie des fascistes, des rétrogrades, des fanatiques. Ce genre de crime qui justifie de juger vos actes à l’aune de vos pensées, comme le démontre cette « affaire » du twestival (inutile de revenir dessus, Koztoujours l’a déjà excellement traité). Mais comme l’a rappelé récemment le Chafouin sur le tout nouveau sacristains.fr, N’ayons pas peur! Le débat n’existe pas, n’existe plus? Paradoxe d’une démocratie qui se drape d’un nom pour masquer ses limites et le fait que certains sujets sont de facto soustraits à la discussion. Il faudra faire avec, mais cela n’empêche pas d’essayer de se faire entendre. Alors n’ayons pas peur…

Près de 35 après la dépénalisation de l’avortement par la loi Veil, on semble avoir complètement oublié que cette loi n’a jamais eu pour but de définir un nouveau DROIT pour les femmes, mais était conçue au départ comme le moyen d’encadrer une pratique qui devait demeurer exceptionnelle, et principalement dans les cas de viols. Or aujourd’hui ce sont plus de 200.000 avortements par an qui sont pratiqués en France.  On est bien loin de l’exception prévue initialement, et ce chiffre qui ne baisse pas malgré des campagnes toujours plus actives pour la promotion de la contraception, ce chiffre devrait poser question sur le fond, ne serait-ce que par égard aux souffrances indubitables qu’un tel acte peut engendrer chez une femme ayant eu recours à l’IVG.

Au vu de ce chiffre, et sans parler de remettre en question cette possibilité qui est légalement laissée aux femmes, il me semble qu’on peut légitimement en appeler à une politique alternative. Surtout lorsque l’avortement apparaît toujours comme pouvant être le fruit de pressions multiples : pression psychologique de son entourage, chantage affectif d’un compagnon peu motivé par la parternité et ses responsabilités, regard de l’employeur et des autres en général, soucis matériels, de logement, d’emploi… La liberté consiste à pouvoir effectuer un choix en ayant toutes les cartes en main. Non à recourir à un acte parce qu’il apparait comme étant la seule issue possible. Et c’est cette liberté réelle qu’il faut promouvoir. Il n’est encore une fois pas question dans ce billet de débattre sur l’IVG en elle-même, ni d’entamer un débat technique sur l’embryon. Mais simplement de souligner que manifestement les politiques mises en place depuis plus de 30 ans ne fonctionnent pas. Et qu’en conséquence de ce constat d’échec, il apparaît normal de pouvoir proposer des mesures alternatives… Dans une société qui appelle sans cesse à « briser les tabous », il est étonnant qu’on ne puisse rien proposer de différent, de nouveau. Essayons quand même… Suivent donc quelques pistes de réflexion, permettant à mon sens d’engager un débat serein.

  • Informer plus largement sur la réalité de l’IVG :  

En amont, cela signifie intégrer une prévention basée sur une éducation à la responsabilité affective et sexuelle, et une information complète sur l’impact de l’avortement et ses alternatives. Et à l’instant T, c’est dur, mais pourquoi pas proposer systématiquement une échographie aux femmes désirant avorter afin qu’elles se rendent parfaitement compte de ce dans quoi elles s’engagent. Je crois que cela a déjà été fait en Italie, mais encore une fois je n’ai pu retrouver la source. L’objectif n’est pas de culpabiliser, mais d’apporter tous les éléments pour décider en toute connaissance de cause.

  • Apporter un soutien matériel, psychologique et social aux femmes enceintes en difficulté : 

Il existe des associations qui proposent un accueil pour les futures mères « en précarité sociale et affective ». Ce type d’initiative devrait être largement encouragée, en prenant toute les précautions jugées utiles pour qu’effectivement les informations communiquées soient neutres. Encore une fois, mon sentiment (mais ce n’est qu’un sentiment) est que bon nombre d’avortements, et donc de souffrances, pourraient être évités si le choix effectué était fait effectivement dans de bonnes conditions. Ce sont donc ces conditions qu’il faut mettre en place.

  •  Informer clairement les femmes de leurs droits, dans un environnement neutre :

Etre réellement libre de décider ne signifie pas seulement être exempt de toute pression, mais également avoir la réelle possibilité de faire un choix, donc être le plus possible en mesure d’analyser la situation et par conséquent avoir accès à toutes les informations nécessaires dans un environnement neutre.

Or il semble que le Planning Familial ne peut pas être cet environnement neutre : cette association se présente elle-même comme « militant » pour « faire reconnaître les droits des femmes à la maîtrise de leur fécondité (contraception, avortement)« ; Contraception et avortement qui sont présentés comme étant « des moyens indispensables aux femmes pour la libre disposition de leur corps et le libre choix de leur maternité. Le MFPF lutte pour que ces droits fondamentaux ne soient pas entamés par des pouvoirs masculins et sexistes. Il est solidaire des femmes en lutte sur ces thèmes« . A la lecture de ces mots, je comprends que le PF est une association engagée dans un « combat » féministe et militant pour défendre et étendre les « droits » des femmes. Loin de moi l’idée de jeter la pierre sur ces intentions. Mais je trouve pour le moins inopportun qu’un mouvement ayant des objectifs politiques et militantistes aussi marqués soit désignée comme étant organisme de conseil pour les femmes enceintes se posant des questions. Je ne remets pas en question les personnes y travaillant mais il est difficile d’être à la fois juge et partie sans risque de conflit d’intérêt.

De plus, il semble que le Planning Familial ne soit plus légalement tenu de présenter aux femmes enceintes les aides financières permettant aux jeunes mères d’élever leur enfant. Or au contraire, la moindre des choses pour un organisme sensé être neutre et prétendant lui-même apporter aux femmes toute l’information dont elles ont besoin, serait d’afficher et présenter largement ces dispositions mises en place justement pour les soutenir. Il apparaît évident qu’une personne sous-informée ne peut prendre une décision parfaitement libre, et qu’en conséquence le pseudo choix n’en est pas totalement un.

  • Lutter contre toute pression conduisant à l’IVG, et toute banalisation de l’acte:

Non l’avortement n’est pas un geste banal : quand on lit que la secrétaire générale du Planning familial peut déclarer dans le Figaro que « l’IVG n’est pas un drame en soi. C’est un soulagement pour les femmes qui veulent le faire. Ce qui est à éviter, ce sont les grossesses non prévues« , on croît rêver. Nier la dimension dramatique de l’avortement revient à le banaliser, le poser comme un acte médical comme un autre, voire finalement une technique de contraception de plus. Sauf que la souffrance psychologique de la femme après l’avortement, elle, est loin d’être banale, et risque probablement d’être encore renforcée par ce type de contre-vérité.

Non l’avortement n’est pas la première chose à proposer suite à la détection d’une anomalie génétique ou un handicap chez le foetus. Non la grossesse d’une jeune fille de 18 ans n’est pas forcément une catastrophe… La catastrophe, dans ces deux cas, serait de pousser et d’influencer : ceux qui agissent ainsi ne sont clairement pas ceux qui en assument les conséquences. Et encore une fois, la liberté ne se résume pas à un « droit » légalement acquis.

  • Apporter un soutien psychologique approprié aux femmes ayant subi une IVG :

Le syndrome post-avortement commence à être un peu mieux connu et reconnu, et un nombre croissant de femmes recherche une prise en charge psychologique après une IVG. Il convient de ne pas laisser les femmes seules avec cette souffrance. Le traumastisme doit être reconnu en tant que tel, et soulagé…

 Laloose.

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4 Responses to IVG : on peut en parler?

  1. le chafouin dit :

    Reconnaître un traumatisme, c’est reconnaître qu’il y a un problème…

  2. NM dit :

    Sans oublier de faire connaître les structures et les aides qui permettent d’accueillir l’enfant et sa famille (et au moins sa mère…), comme les maisons de Tom Pouce (http://www.lamaisondetompouce.fr).
    Il est frappant que le taux d’avortement soit plus élevé en France qu’au Pays Bas alors que leur législation est plus laxiste.

  3. Laloose dit :

    Chafouin : non, reconnaitre un traumatisme, c’est reconnaitre qu’il y a un traumatisme, pas plus… Sa reconnaissance est importante pour les femmes qui ont subi ce traumatisme, pour celles qui le subiront mais mieux préparées, et pour celles (rares)qui ne le subiront pas car mieux informées. Mais ne nous leurrons pas, même reconnu, tu verras que le planning familial le mettra sur le compte du « regard des autres », celui de la société, des hommes, les carcans etc…

    NM : oui j’avais mis un lien Tom Pouce dans le billet, mais il est caché : ) . A recommander. mais je ne sais pas si au delà de cet exemple assez « médiatisé » (La Croix en avait parlé) il y a beaucoup d’exemples de ce type.

  4. Lutter contre la banalisation certes il le faut. Je ne suis pas pour l’IVG à tout va en effet, ne considérant pas la naissance comme un drame – si en effet seuls les riches, et bien portant et ceux installés professionnellement avaient la capacité de mettre au monde comme je l’ai souvent entendu, il y a bien longtemps que l’humanité se serait éteinte. Cela dit il est bien que cela existe dans certains cas extrêmes.
    Lutter contre la banalisation donc, mais certains praticiens pour cela utilisent simplement la douleur physique pendant l’intervention pour faire passer le goût d’y revenir aux patientes lorsque l’anesthésie est locale – et oui, évidemment il faut être éveillée pour bien sentir la douleur (et non non, ce n’est pas une rumeur, un mythe ; je parle en connaissance de cause). Et le traumatisme n’en est que plus lourd à porter. Plus long à guérir.

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