Les Français sont des oies…

Oies

Couple de français en balade...

J’entendais hier matin le désopilant décliniste Nicolas Baverez débattre du problème des retraites sur France Info. Vous me direz que j’écoute trop France Info, qu’effectuer un débat en 5 minutes relève soit de l’exploit soit de l’escroquerie, et qu’en plus leur nouveau thème musical est grave pourri, et vous aurez raison.

Cela dit pour en revenir à Mr Baverez, celui-ci expliquait doctement qu’au vu des éléments actuels, seulement 3 solutions s’offraient à nous pour rétablir l’équilibre financier de la branche vieillesse de la Sécu : réduire les pensions versées, augmenter les cotisations, ou allonger la durée de cotisation (soit via l’augmentation du nombre de trimestres à cotiser, soit via le relèvement de l’âge légal de départ). Or il s’avère que les français rejettent massivement ces trois solutions, en refusant de renoncer à leurs acquis en matière de retraite : ainsi « 90% des sondés estiment inacceptable une baisse des pensions, 66% refusent toute augmentation de la durée de cotisation, et 63% sont contre un relèvement de l’âge de départ ». Le journaliste lui demandant si cela représentait une surprise, il s’est vu répondre par l’inénarrable analyste : « Ce sondage c’est un peu comme si on demandait aux oies à Noël si elles étaient favorables au fois gras« . Charmante image… On savait depuis De Gaulle que les français sont des veaux. Avec Baverez, on apprend que les français sont des oies, mais attention hein, des oies conscientes qu’elles sont en train de se faire plumer.

Bref une fois cette superbe comparaison balancée, notre spécialiste enchaîne sur l’impossibilité des 2 premières solutions  envisagées au problème: réduire les pensions reviendrait à précipiter les retraités vers la mendicité, et augmenter les cotizes ne ferait qu’accroître le coût du travail en France (qui comme chacun le sait est déjà horriblement élevé et est la cause de tous nos maux). Ouf, on en arrive donc à une conséquence simple : la seule solution est donc bien le relèvement de l’âge légal de la retraite. C’est d’ailleurs le scénario dessiné par François Fillon et Brice Hortefeux en juin, c’est également la solution réclamée par le MEDEF, il n’est donc pas étonnant de voir Mr Baverez la soutenir. D’ailleurs avance-t-il, tous les autres pays européens l’ont fait : c’est bien la raison pour laquelle la France ne doit pas rester « en marge », faire de ce sujet un « tabou ». Ça c’est l’argument fatal : dès qu’on parle de ce type de thématique, de la réforme d' »acquis sociaux » français, automatiquement on nous ressort l’exemplarité de nos petits copains, qu’il faut bien évidemment imiter.

Le sujet est clairement complexe et il est difficile d’en brosser un tableau complet. Je me bornerai donc juste à présenter un certain nombre d’éléments de réflexion.

  1. Nos voisins européens n’ont clairement pas la même courbe démographique que la nôtre. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille rien faire sur le sujet, mais ne comparons pas forcément ce qui n’est pas comparable.
  2. L’allongement de la durée de vie peut entraîner la possibilité d’allonger le temps de travail, à supposer du moins que des aménagements soient apportés en terme de pénibilité. On comprendra aisément que la situation n’est pas la même pour un cadre ou une personne travaillant dans un bureau, et une autre qui assume une charge physique.
  3. D’autant qu’aujourd’hui, les cadres et plus généralement ceux qui ont fait des études longues travaillent déjà au delà de la limite légale actuelle de 61 ans. Ceux qui seraient donc « touchés » par un allongement de cet âge légal de départ seraient donc prioritairement les professions plus modestes, ouvriers ou employés, qui occupent déjà les métiers les plus pénibles, ont commencé à travailler beaucoup plus tôt et ont donc l’espérance de vie la plus courte.
  4. En parlant de pénibilité, ces mêmes professions modestes se sont vues promettre en 2003 lors de la précédente réforme Fillon une négociation relative à la pénibilité dans le cadre de la réforme des retraites, négociation qui n’a jamais aboutie suite aux blocages du patronat.
  5. Il convient, si l’on veut parler de ce type de réforme, de regarder les taux d’activité : aujourd’hui en France, malgré un âge légal de retraite à 60 ans, l’âge moyen auquel les gens quittent leur activité est de 58 ans, poussés dehors par les entreprises. Le taux d’emploi des séniors est clairement trop faible, et dans ces conditions repousser la barrière légale semble revenir à donner un coup d’épée dans l’eau, si du moins on ne met pas l’accent sur les réformes qui permettront aux séniors de rester plus longtemps en activité. Cela doit passer notamment par un changement de comportement des entreprises qui ont très largement tendance à utiliser les mises en préretraites comme un moyen pour supprimer des postes sans pour autant officiellement licencier.
  6. La possibilité de mixer le système actuel de répartition avec un complément au moyen de fonds de pension peut apparaître comme une solution. Encore faut-il que cela n’engendre pas de trop grandes disparités entre ceux qui ont réellement une capacité d’épargne, et ceux dont le salaire couvre à peine leurs charges (population qui a tendance à croître dramatiquement). En outre, ce recours aux fonds de pension peut sembler étonnant alors que nous sommes à peine remis d’une crise financière dans laquelle si je ne m’abuse ces fameux fonds ont une part de responsabilité.
  7. La réforme du système des retraites ne pourra se faire sans une réelle réflexion sur notre situation actuelle, avec des taux de chômage qui explosent, surtout chez les jeunes, des activités industrielles qui partent par pans entiers à l’étranger, certains besoins en travail non pourvus. Réformer dans ces conditions reviendrait à mettre un coup de peinture sur un vernis décrépi, en sachant très bien qu’il faudra en remettre encore un dans 5 ans. Améliorer les taux d’emplois des jeunes et des séniors c’est bien, encore faut-il qu’il y aie du travail…

Vaste chantier, vaste sujet, léger billet…

Laloose.

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5 Responses to Les Français sont des oies…

  1. le chafouin dit :

    Ceci dit,je suis d’accord avc baverez sur l’essentiel : les Français sont bien pour garder leur acquis, mais en dépit de tout bon sens puisque la courbe des naissances étant ce qu’elle est, on aura bientôt plus de passifs que d’actifs.

    Il va bien falloir agir.

    Par ailleur,s l’espérance de vie augmente, donc je ne vois pas ce qui peut légitimer qu’on continue de partir au même âge à la retraite.

  2. le chafouin dit :

    Ceci dit, ton point 5 est très intéressant, et c’est sûrement là que le bât blesse.

  3. Laloose dit :

    La question n’est pas vraiment de savoir s’il faut agir ou pas. La question est de savoir si on fait une vraie réforme ou si l’on souhaite juste poser quelques rustines en se disant que peut être demain tout ira mieux, le chômage baissera toussa…
    La question est également de savoir comment agir justement, cad en ne pénalisant pas systématiquement les mêmes qui sont toujours bons à tondre.

    L’espérance de vie augmente, certes. Mais combien seront-ils réellement à profiter intégralement de cette « espérance »?

    Combien sont-ils à exercer des métiers pénibles physiquement, eux qui ont commencé à bosser à 17 ou 18 ans? J’en vois tous les jours des ouvriers et opérateurs, et je me verrais mal aller leur dire « allez les gars encore 5 ans de plus à porter de lourdes charge, mais ptet que dans 5 ans on vous dira qu’il faut encore continuer… » . Perso je bosse dans un bureau, et si effectivement j’ai encore du taf à 60 ans, je ne serais pas choqué d’avoir à travailler plus longtemps.

    Un peu facile de faire porter aux gens les conséquences de réformes toujours annoncées et jamais réalisées… des etats généraux de l’industrie annonce Sarkozy? j’attends, j’attends…

  4. le chafouin dit :

    Il n’y a pas que des ouvriers à la chaine, il y a aussi des tas d’employés de bureau dotn le travail n’est pas épuisant. Il faut prendre en compte les difficultés du travail des séniors? La pénibilité? Eh bien faisons le.

    Ou alors, on va se retrouver avec un système encore plus inégalitaire : les riches pourront cotiser pour une complémentaire privée, pas les pauvres.

  5. Laloose dit :

    en même temps vu les statistiques de destructions d’emploi dans l’industrie, dans quelques années des ouvriers à la chaine y en aura plus des masses…

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